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Restauration de l'affiche de « Katia » (Maurice Tourneur, 1938)

Jacques Ayroles - 26 janvier 2015

Retour sur les différentes étapes d'un travail de restauration sur l'affiche la plus prestigieuse du film Katia de Maurice Tourneur. Une belle collaboration entre Cyril Arnstam, auteur de l'affiche, Brigitte Bussière et Thierry Deknuydt, restaurateurs.

L'affiche « 4 panneaux »

En 1937, Danielle Darrieux, tient le rôle de Katia dans le film éponyme de Maurice Tourneur. Ce film reprend largement les formules qui ont mené au succès de son film hollywoodien Mayerling (Anatole Litvak, 1935). L'actrice est célèbre, son visage occupera une grande place sur l'affiche. Si les décors de ce film sont réalisés par Alexandre Arnstam, c'est son fils Cyril qui va concevoir les affiches.

La Cinémathèque conservait jusqu'à présent deux des cinq affiches créées à l'occasion de la sortie du film. En 2011, Cyril Arnstam nous a donné l'affiche la plus prestigieuse, celle que l'on nomme la « 4 panneaux », car elle est constituée de quatre morceaux d'un format de 120×160 cm. La juxtaposition de ces quatre panneaux permettent d'obtenir l'affiche finale d'un format de 240×320 cm. Il y avait cependant un problème : il manquait l'un des quatre panneaux, celui du bas à gauche. Cyril Arnstam tenait absolument à ce que l'on retrouve la magie de cette affiche et donc, que l'on s'engage à reconstituer ce quatrième panneau afin de retrouver l'intégrité de l'affiche originale. Par chance, cette affiche existait également au département des arts et du spectacle à la BnF. Nous avons demandé un fichier numérique du panneau manquant. A partir de là, nous avons pu mener à bien l'entoilage et la restauration de cette affiche avec l'auteur de l'affiche, Cyril Arnstam, et deux restaurateurs, Brigitte Bussière et Thierry Deknuydt.

L'entoilage de l'affiche

Dans la majorité des cas, les affiches sont pliées à la sortie de l'imprimerie et au cours du temps, le papier devient cassant particulièrement au niveau des plis, entraînant la rupture et la perte d'éléments de l'affiche. On peut dire que plus elle sera manipulée, plus le risque de déchirures est élevé. C'est l'intérêt d'une mise à plat qui, grâce à l'entoilage, permet d'exposer et de conserver une affiche.

L'instant où le restaurateur découvre une affiche est toujours un moment passionnant et délicat car la première manipulation fait apparaître son état, la nature du papier, la qualité des encres employées et bien sûr son graphisme. De l'étude minutieuse de ces éléments découlera la méthodologie qui permettra l'intervention appropriée.

En tout premier lieu, on commence par une mise à plat du document et un dépoussiérage à sec, par gommage en utilisant différentes possibilités telles que l'éponge sèche Wishab ou Plastigom. Puis on met en place des renforts réversibles afin de contenir les déchirures et les couvertures de plis et cela pour pouvoir immerger l'affiche sans risque, car c'est grâce à l'eau que l'on pourra purger en partie le papier de son acidité. Un bain tiède plus ou moins long permet en effet un nettoyage complet et l'élimination de certaines taches. L'entoilage proprement dit est le marouflage d'un document sur une toile tendue en prenant soin d'intercaler un papier dit « barrière ». L'ensemble est travaillé en phase humide et devra sécher de façon régulière dans un local ventilé. L'utilisation de produits non acides, toile, colle et papier, ainsi que les couleurs pour la restitution des lacunes seront utilisés pour leur qualité de réversibilité. En effet, les restaurateurs doivent pouvoir revenir en arrière sur les travaux qu'ils réalisent.

Le panneau manquant

Le problème principal de cette restauration consistait à reconstituer le panneau manquant. Ce qui a semblé évident aux restaurateurs quand ils ont découvert l'affiche de Katia avec ce panneau manquant, était la restitution à l'identique. Dans ce cas précis, il s'agit d'une reproduction rendue possible par l'accord de l'affichiste et du donneur d'ordre. Il restait à trouver la méthode et les moyens pour y parvenir.

La réalisation du lettrage qui comporte différentes typos a obligé les restaurateurs à revenir au pinceau par trois fois. Une première passe couleur pour préciser chacune de ces lettres dans leur gabarit d'origine. Une deuxième passe en utilisant cette fois un fluide de masquage pour protéger le lettrage, afin de réaliser l'aplat noir du bandeau à l'aide d'un aérographe. Et enfin, la dernière passe de finition dans la teinte définitive pour corriger les imperfections après séchage du noir et suppression du masquage. Cela peut s'approcher des techniques employées par l'imprimerie, le but étant de s'en approcher le plus possible. « Réalisé par Maurice Tourneur » apparaît donc, mais aussi toutes les informations jusqu'au moindre détail sans oublier le nom de l'imprimeur.

Pour les restaurateurs, le fait de travailler avec le créateur de l'affiche, les a aidé à retrouver le « fil » de l'affiche, car il est très rare de pousser aussi loin la restauration d'une affiche. Les interventions se font habituellement sur des parties d'affiches originales. Les conseils de Cyril Arnstam ont permis de mener à terme ce travail complet nécessitant beaucoup d'énergie et de précision. Ses propos sur l'art du trait qui donne vie et l'approche des couleurs ont dépassé l'aspect technique du travail de restauration. Ce fut très utile pour trouver les échantillons de teintes définitives dans le cadre d'une affiche ayant « vécu » avec des couleurs et des réserves légèrement passées.

La présence de Cyril Arnstam, né en 1919 à Saint-Pétersbourg et auteur d'affiches de films de Pierre Chenal ou Marie Epstein, a également marqué tout le monde par sa jeunesse d'esprit et son sens de l'humour.


Jacques Ayroles est responsable de la collection d'affiches à la Cinémathèque française.