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La restauration numérique de « L'Âge d'or »

20 mai 2019

Événement exceptionnel cette année à Cannes Classics, L'Âge d'or de Luis Buñuel sera présenté pour la première fois dans sa version restaurée en 4K. La restauration a été menée par la Cinémathèque française et le Centre Pompidou, MNAM-CCI/Service du cinéma expérimental, grâce au soutien de Pathé et de la maison de champagne Piper-Heidsieck, mécènes de la Cinémathèque française. Les travaux ont été réalisés au laboratoire Hiventy pour l'image et au studio L.E. Diapason pour le son à partir des négatifs nitrate image et son d'origine et des éléments de sauvegarde.

Le négatif original nitrate image a été scanné par immersion et le négatif son a été restauré en respectant le système encore imparfait de postsynchronisation de 1930. Une copie de projection d'époque a également servi de référence pour l'étalonnage. Les défauts inhérents au tournage et à la postproduction ont été volontairement conservés. Certains plans en décomposition ont été remplacés par un intermédiaire de sécurité datant de la restauration argentique de 1993 menée par le Centre Pompidou. De même, les éléments de sauvegarde ont permis de compléter les bobines manquantes de la piste sonore.

La Cinémathèque française restaure également deux autres films de Luis Buñuel, Un chien andalou et Terre sans pain. Ces premières œuvres, influencées par le mouvement surréaliste, l'écriture automatique, l'interprétation des rêves, et par l'âme révolutionnaire et anticonformiste du cinéaste, oppressé par la morale établie, ont marqué l'histoire de l'art et du cinéma par leur radicalité, leur discours provocant, leur charge contre la bourgeoisie, mais aussi et surtout par la beauté de leurs images insolites.

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Genèse de « L'Âge d'or »

Après avoir réalisé Un chien andalou, Buñuel renonce à tourner : il refuse de s'inscrire dans une logique commerciale, antinomique avec ses idées révolutionnaires et avec le mouvement surréaliste auquel il appartient. Il soumet cependant quelques idées de plans à Dalí, qui l'encourage à réaliser un nouveau film. Une rencontre est organisée à la fin de l'année 1929 avec le riche mécène d'art Charles de Noailles, qui lui propose d'en assurer le financement. C'est donc à Hyères, dans la somptueuse propriété des Noailles, que le jeune réalisateur récidive, en préparant une nouvelle œuvre, sulfureuse et enragée. Il rédige finalement le scénario sans l'aide de Dalí, mais retient quelques idées proposées par le peintre.

Tournage

1930. Les prises de vues de L'Âge d'or, qui sera l'un des premiers films sonores français, ont lieu aux studios de Billancourt et, pour les séquences extérieures, en Espagne et dans les environs de Paris. Derrière la caméra, Buñuel place son chef opérateur Albert Duverger. Pour les rôles principaux, il choisit une jeune actrice allemande inconnue, qui interprète le personnage subversif de la femme, et Gaston Modot, acteur charismatique déjà reconnu, révélé notamment par Fièvre de Louis Delluc (1921), qui incarne son amant. Certains des amis artistes de Buñuel apparaissent au générique, comme Max Ernst (le chef des brigands), Pierre Prévert (le brigand malade), le céramiste catalan Joseph Llorens i Artigas (le gouverneur), ou encore la peintre Valentine Hugo, proche du mouvement surréaliste.

Histoire

Volontairement désordonné, le scénario suit deux personnages portés par un désir incontrôlé, sans cesse séparés par les codes moraux et religieux. « Pour moi, il s'agissait surtout d'un film d'amour fou, d'une poussée irréversible qui jette l'un vers l'autre, quelles que soient les circonstances, un homme et une femme qui ne peuvent jamais s'unir », explique Buñuel dans son autobiographie. Si le désir amoureux guide l'histoire, L'Âge d'or est aussi un formidable pamphlet contre la bourgeoisie, étriquée dans ses conventions, méprisant et ignorant le peuple. Buñuel se moque avec cynisme des codes établis, des uniformes, militaires ou religieux, des cérémonies, des dîners mondains. Guidées par une écriture inconsciente, ses obsessions – désir, corps féminin, frustration, folie, pulsions et gestes incontrôlés, jalousie, mort et religion – se retrouveront dans la plupart de ses films suivants.

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Scandale et censure

Conforté par le couple Noailles, qui juge le film « exquis et délicieux », Buñuel organise une projection privée. Mais l'aristocratie présente n'apprécie guère. Charles de Noailles est renvoyé du Jockey Club. Pire, sa mère doit intervenir auprès du pape pour lui éviter l'excommunication.

L'Âge d'or sort en salles le 28 novembre 1930, au Studio 28 à Paris, et provoque immédiatement le scandale. Le 3 décembre 1930, les Jeunesses catholiques, associées à des représentants de la Ligue des Patriotes et de la Ligue antijuive, jettent de l'encre sur l'écran, saccagent le mobilier et ruinent l'exposition de peinture surréaliste attenante. La presse de droite n'est pas en reste et fustige farouchement le film. Pour maintenir l'ordre public, la préfecture de police décide de condamner le directeur du cinéma, Jean-Placide Mauclaire, et interdit toute projection du film, dont les copies sont saisies le 11 décembre. L'Âge d'or restera invisible en France jusqu'en 1981.

Bien plus tard, en 1965, Luis Buñuel justifiera sa démarche créative, initiée avec ce film : « Ce que je prétends faire par les films, c'est inquiéter, violenter les règles d'un conformisme qui veut faire croire aux gens qu'ils vivent dans le meilleur des mondes possibles. » (interview de Manuel Michel, Nuestro Cine, n° 40).

Restauration

Pour mener à bien la restauration, c'est en grande partie le négatif image original nitrate qui a été utilisé. Cependant, certains plans issus de cet élément en état de décomposition étant inexploitables, c'est grâce à la restauration argentique de 1993, menée par le Centre Pompidou avec le soutien de la Fondation Gan pour le cinéma, qu'ils ont pu être retrouvés et remplacés sur la version restaurée.

La restauration de la piste sonore à densité variable – enregistrée à l'époque aux studios Films Sonores Tobis Paris, installés aux laboratoires Éclair –, a été menée par le studio L.E. Diapason. Celui-ci a numérisé le négatif son d'origine incomplet et des éléments de sauvegarde, mais a aussi pris pour référence une copie nitrate originale, afin de reproduire les tonalités et le synchronisme souvent imparfaits.

Les deux institutions ont souhaité restaurer le film en respectant le format d'origine sonore, 1,20:1 – tout en conservant les défauts inhérents au tournage. Il s'agit en effet d'une production indépendante où se retrouvent des erreurs de manipulation qui n'ont volontairement pas été corrigées : flares, voiles, effluves de développement, poils et rayures caméras, moments surexposés. La visibilité de ces défauts sur la version restaurée correspond au contexte de production et reflète l'expérimentation ainsi que l'économie du tournage. Certains plans issus de stock-shots sont de fait plus granuleux et rayés, comparés à la beauté de certaines séquences tournées. Cette restauration a été rendue possible grâce au mécénat de Pathé et de la maison de champagne Piper-Heidsieck.

Deux autres chantiers à venir

La Cinémathèque française a déjà restauré Belle de jour en collaboration avec Studio Canal en 2017 (présenté la même année à Cannes Classics). La restauration d'Un chien andalou sera menée en collaboration avec Les Grands Films Classiques et la Filmoteca española, et celle de Terre sans pain avec les Films de la Pléiade. Les éléments argentiques de ces deux films sont particulièrement fragiles et se dégradent irrémédiablement. Il est donc essentiel de préserver les premières œuvres de Buñuel, artiste majeur de l'histoire du cinéma, dans la continuité du travail déjà entrepris.

Hervé Pichard, responsable des acquisitions et chef de projet des restaurations de films à la Cinémathèque française

Avec les contributions de Céline Ruivo (La Cinémathèque française), Isabelle Daire, Alice Moscoso et Alexis Constantin (MNAM)


Contacts

La Cinémathèque française
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Attachée de presse
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Jean-Christophe Mikhaïloff
Directeur de la communication, des relations extérieures et du développement
jc.mikhailoff@cinematheque.fr
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Centre Pompidou
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Direction de la communication et du numérique
Directeur adjoint
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