Il aura suffi de peu de films pour que Debra Winger électrise de son talent les écrans du cinéma américain des années 80. À l'époque, elles étaient pourtant nombreuses à se disputer les quelques rôles intéressants que les studios réservaient aux femmes. Debra Winger saura s'imposer, accéder au statut de star internationale et même choisir de s'éclipser, incitant une de ses contemporaines à retrouver sa trace. En partant « à la recherche de Debra Winger », Rosanna Arquette l'a hissée au sommet de la postérité, mais aussi du combat des actrices à exiger des personnages qui leur ressemblent, quand elles arrivent à l'âge de ne plus jouer les nymphettes ou les jolis faire-valoir. Pourtant, rien, ou si peu, ne prédestinait ce tempérament de feu à devenir l'une des actrices majeures du cinéma hollywoodien des années 80.
Née dans l'Ohio, Debra Winger grandit en Californie mais à distance de Hollywood. Elle s'égare à étudier la sociologie avant de partir pour un séjour initiatique en Israël. À son retour, un accident la paralyse et la rend aveugle pendant plusieurs mois. Avoir frôlé la mort jeune la décide à vivre pleinement sa vie. Elle sera actrice !
Elle a à peine le temps d'accepter quelques rôles à la télévision – un film érotique, Drusilla dans la série Wonder Woman... – à la fin des années 70, qu'elle s'invite aux côtés de John Travolta dans Urban Cowboy de James Bridges, ou de Nick Nolte dans Rue de la sardine de David S. Ward. Elle s'impose, ensuite, auprès d'une des stars masculines de l'époque, Richard Gere, dans Officier et gentleman de Taylor Hackford. Il joue les héros, elle n'est que sa petite amie. C'est pourtant elle qui décroche une première nomination à l'Oscar. Le tournage a été difficile, la mésentente des têtes d'affiche de notoriété publique, mais le film est un immense succès.
Debra Winger aborde alors une décennie fantastique qui lui vaudra deux autres nominations à l'Oscar pour ses interprétations intenses, et de travailler avec des partenaires prestigieux auprès desquels elle trouve sa place. Même lorsqu'ils s'appellent Shirley MacLaine ou Jack Nicholson dans Tendres Passions, Robert Redford dans L'Affaire Chelsea Deardon ou... Samy Frey dans La Veuve noire de Bob Rafelson. Le succès public est tel qu'elle est pressentie pour jouer les premiers rôles dans les plus grands films populaires du Nouvel Hollywood. Mais elle est exigeante – on la dit difficile, ce qui lui vaut l'admiration de Bette Davis – et en refuse plus d'un ! En 1990, elle partage l'affiche d'Un thé au Sahara avec John Malkovich, puis celle des Ombres du cœur avec Anthony Hopkins. Ce qui signe à la fois sa reconnaissance internationale et son brutal retrait du métier, en 1995.
Elle s'en explique à Rosanna Arquette, enseigne le théâtre à Harvard, avant de reprendre le chemin des studios en 2001 sous la direction de son mari Arliss Howard. Depuis, elle continue à tourner, dirigée parfois par de grands noms du cinéma tels Jonathan Demme ou Miranda July, le plus souvent pour la télévision. Comme si cette rupture qu'elle avait souhaitée avait abruptement et définitivement discrédité les qualités de son jeu d'actrice. La loi hollywoodienne est sans pitié, Debra Winger n'est ni la première, ni la dernière à en avoir payé le prix.
Véronique Le Bris