En utilisant ce site, vous acceptez que les cookies soient utilisés à des fins d'analyse et de pertinence     Oui, j'accepte  Non, je souhaite en savoir plus

Le costume de Louis de Funès dans « Les Aventures de Rabbi Jacob » (Gérard Oury, 1973)

Élodie Imbeau - Rodolphe Cobetto - 15 avril 2021

Le costume de Louis de Funès dans « Les Aventures de Rabbi Jacob » (Photographie Stéphane Dabrowski / Cinémathèque française)

Le costume de Louis de Funès dans « Les Aventures de Rabbi Jacob » (Photographie Stéphane Dabrowski / Cinémathèque française)

Là, devant un mur peint en vert qui rappelle l'attrait de Gérard Oury pour cette couleur, souvent présente dans son cinéma, apparaît le costume de Rabbi Jacob : chapeau et papillotes (ces cheveux tournicotants qui pendent du chapeau, peot en hébreu) dominent un costume noir, long manteau traditionnel porté par les Juifs pratiquants. Le costume est figé dans une étrange position, comme arrêté en pleine danse, dans une posture qui invite le visiteur à s'y essayer à son tour.

Dans ce film, il y a Louis de Funès, évidemment. Comme souvent, il joue un personnage irascible et très nerveux. Mais ici, en pire. Il est Victor Pivert. Victor Pivert est très raciste. Victor Pivert n'aime personne. Mais par un étrange concours de circonstances, il est contraint de se déguiser en rabbin, un chef religieux juif. Le problème, c'est que Victor Pivert ne connaît rien à la religion juive, ce qui entraîne plusieurs gags dans le film. On se souvient de cette réplique devenue culte : « Comment Salomon, vous êtes juif ? Salomon est juif ! Oh ! ».

Et là, soudain, sans prévenir, il doit danser. Une danse traditionnelle, très codifiée, et qu'évidemment il ne connaît pas. Pivert qui a revêtu le costume de Rabbi Jacob ne comprend rien à tout ce qui se passe autour de lui, il n'a pas les codes, il regarde et tente d'imiter. Il ne sait peut-être même pas danser du tout. Alors effectuer une danse hassidique, une danse d'une religion qu'il ne connaît pas... Mais ne dit-on pas que l'habit fait le moine ?

C'est le moment magique du film : à la manière des comédies musicales américaines, le film va glisser. Propulsé malgré lui dans l'arène, Pivert comprend, et l'on comprend avec lui, que pour rester en vie, il doit rester caché. Et pour rester caché, il doit continuer à s'adapter et même prendre le premier rôle, se mettre en avant et se laisser aller. Donc Il DOIT danser. Copier les gestes des autres danseurs. Passer pour un Juif parmi les Juifs. Lui, le petit patron antisémite.

Les gestes de l'acteur sont d'abord maladroits. Puis ils s'animent comme s'ils jaillissaient en lui, grâce à cette musique entraînante, de tradition ancestrale. Comme si Pivert connaissait cette danse depuis toujours, qu'il avait juste un peu oublié les pas depuis plusieurs siècles mais que tout à coup, la mémoire lui revenait. Pivert danse, s'emporte, emporte avec lui son acolyte arabe, autre intrus dans cette communauté. Lui aussi maladroit, mais lui aussi emporté par la fièvre de la danse. Tournoyant, s'amusant, oubliant un instant qu'ils sont menacés de mort : les sourires partagés l'emportent sur la crainte et c'est tout le film qui bascule à ce moment-là. Un pas de danse... vers la compréhension de l'Autre.


Élodie Imbeau est responsable de la programmation jeune public à la Cinémathèque française.