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Revue « Ciné-Mondial » n° 17 du 28 novembre 1941

17 mars 2016

1941, Ciné-Mondial, l’hebdomadaire du cinéma, annonce en couverture de son dix-septième numéro : « Michèle Morgan et Jean Gabin forment un couple émouvant dans Remorques qui sortira le 27 novembre au Biarritz et au Français. »

Après Le Quai des Brumes (Marcel Carné, 1938) et Le Récif de corail (Maurice Gleize, 1939), Remorques est le troisième film du couple déjà légendaire, dont la liaison est notoire. C’est aussi la seconde collaboration attendue entre Gabin et Gremillon après le succès de Gueule d’amour (1937). Le film s’est fait désirer au terme d’un tournage laborieux, entamé à partir de juillet 1939, interrompu en septembre avec l’entrée en guerre de la France puis la mobilisation de son acteur principal et de son réalisateur. Repris en mai 1940, grâce à une permission exceptionnelle accordée aux hommes mobilisés de l’équipe, Remorques ne sortira en France qu’en 1941, en pleine Occupation, distribué par la firme allemande Tobis. Un gros plan de Gabin pour la promotion du film a déjà fait la couverture du Ciné-mondial n° 2, paru le 15 août 1941, signalant « Gabin tel que nous le reverrons bientôt sur nos écrans parisiens ». Il y incarne un sauveteur en mer intègre, écartelé entre son épouse malade et un amour adultère.

La présence de Gabin et Morgan, tous deux exilés aux États-Unis, dans cette revue financée par l’ennemi allemand reste surprenante. Gabin a débarqué en juillet 1941 à New York, le mois précédent la première parution du magazine, à la suite de Morgan. Le mélodrame breton de Grémillon marque la fin d’une période dans leurs carrières respectives. L’actrice tournera encore en France dans Untel père et fils (Julien Duvivier, 1940) avant une parenthèse hollywoodienne poursuivie après-guerre et son mariage avec l’acteur américain William Marshall en 1942. Gabin, lui, enchaînera avec deux films américains avant de s’engager dans les forces françaises libres en 1943. Chacun a refusé de céder aux avances de l’industrie cinématographique allemande et oeuvré pour participer à l’effort de guerre. On ne les reverra plus dans Ciné-Mondial, toute jeune revue qui fait la promotion du cinéma allemand et des films français de la Continental, nouvelle société de production à capitaux allemands créée en novembre 1940 par Goebbels.

Publiée du 8 août 1941 au 11 août 1944, la revue appartient aux éditions Le Pont dont s’est emparé le groupe formé autour de Gerhard Hibbelen, alsacien nazi de la première heure, pour le compte de l’Ambassade d’Allemagne. Le groupe Hibbelen a déjà fait main basse sur la Société Parisienne d’Édition, propriété des frères Offenstadt, juifs d’origine allemande, et sur une de ses revues les plus prospères, Le Film complet.

Conçu pour divertir, Ciné-Mondial parait dans un grand format prestigieux qui rappelle ceux des magazines d’avant-guerre, Cinémonde et Pour Vous. Une publication très populaire à l’heure où la pénurie des matières premières entraîne peu à peu une baisse de la pagination, une réduction de la taille et du tirage, sans compter la suppression de nombreux titres, notamment dans le courant critique qui faisait la richesse de la presse cinéma française avant l’Occupation.


  • Type d'objet : Revue
  • Année : 1941
  • Pays : France
  • Format : 41,5 x 27 cm
  • Crédits : Droits réservés