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Fonds Sólveig Anspach et Marie Le Garrec

Xavier Jamet - 21 juin 2016

Alors que sort en salles L’Effet aquatique, dernier film de la regrettée Sólveig Anspach, retour avec sa fidèle costumière et décoratrice Marie Le Garrec sur quelques pièces emblématiques du fonds Anspach et Le Garrec, récemment confié à la Cinémathèque.

Marie Le Garrec sort de son sac l’emblématique veste verte de Didda Jonsdottir, puis se lance dans l’évocation des paysages charbonneux d’Islande, et des quartiers de Montreuil, points cardinaux de la filmographie de Sólveig Anspach. Cette veste, petit point de couleur vive dans l’immensité des paysages islandais, est l’une des images iconiques de l’œuvre d’Anspach. On la retrouve dans Back Soon, dans Stormy Weather, dans Queen of Montreuil. Et enfin, dans L’Effet aquatique, film posthume de la cinéaste. Chinée aux puces de Montreuil, elle rejoint les collections de la Cinémathèque française aux côtés d’une centaine de photos de repérages et de tournages, de scripts, de scénarios annotés ou encore de VHS de casting. Surtout, elle raconte en creux l’art de la réalisatrice, cette manière douce et joyeuse d’enluminer le quotidien, d’y insuffler couleur et relief. « Sólveig détestait la laideur, la grisaille. Alors, le point de départ de notre travail, c’était toujours la couleur. Nous trouvions les décors, les teintes dominantes, puis des complémentaires, comme ce bloc jaune au milieu du bleu de l’espace nautique de Montreuil. Et ensuite, j’imaginais les costumes qui se marieraient le mieux avec l’ensemble… Même dans Haut les cœurs, qui est un film sombre, Karine Viard porte de la couleur, c’était très important pour Sólveig. »

Costumière, puis costumière-décoratrice pour Sólveig Anspach, Marie Le Garrec est l’une des plus proches collaboratrices de la cinéaste. Elle est de tous les repérages, travaille en amont avec la directrice de la photographie, aide à camper les personnages… Parmi les objets confiés par Clara Anspach, et par Marie Le Garrec elle-même, de belles frises compilées dans des carnets préparatoires témoignent du soin minutieux apporté au choix des vêtements, et à leur harmonie avec le décor. Chaque acteur y est photographié avec les costumes qu’il portera dans ses scènes respectives, et l’on devine dans la juxtaposition des clichés une histoire souterraine, des personnages qui prennent corps, un film qui naît. Dans le carnet de Queen of Montreuil, on découvre ainsi une Agathe (Florence Loiret-Caille) portant littéralement le deuil sur ses épaules, et dont les habits vont s’éclaircissant, se colorant, au fur et à mesure des scènes et de sa renaissance à la vie. Dans le carnet de L’Effet Aquatique, au détour d’une page, c’est un maillot de bain orange vif qui saute aux yeux. « Nous hésitions entre un maillot bleu et ce maillot orange pour Samir Guesmi. C’est l’orange qui l’a emporté, avec cet accessoire supplémentaire : un petit palmier – que l’on retrouve plus tard dans un des décors du film. » Souci du détail, fantaisie, embardées pop, ces petits carnets sont à l’image du cinéma poétique de Sólveig Anspach.

Un autre calepin, tout aussi soigné, et dédicacé par la maquilleuse et habilleuse Karina Gruais, atteste de ce même soin – apporté cette fois sur le plateau de tournage de Queen of Montreuil. Des centaines de mini-polaroids, agencés avec minutie, détaillent ainsi précisément le port des costumes, scène après scène. Patchwork miniature d’un film en devenir, ce cahier de raccords constitue assurément l’une des plus belles pièces du fonds Sólveig Anspach.

Ce fonds, on y croise souvent, avec plaisir, les mêmes noms, les mêmes têtes. Karin Viard, Florence Loiret-Caille, Didda Jonsdottir… mais aussi le scénariste Jean-Luc Gaget, le producteur Patrick Sobelman, Isabelle Razavet, fidèle directrice de la photographie et, évidemment Marie Le Garrec. « Sólveig avait sa tribu. C’était quelqu’un de fidèle et je crois que ce fonds en témoigne, de même qu’il témoigne de son attachement à la Cinémathèque. » Sólveig Anspach, en 2013, dans Télérama : « Mon tout premier film, j’aurais du mal à le dire car j’en ai vu énormément quand j’étais enfant. Tous les jeudis, mon père nous emmenait, ma sœur et moi, à la Cinémathèque découvrir des œuvres pas très faciles, des films muets, en noir et blanc, les expressionnistes allemands par exemple. Il ne nous disait pas les titres avant la séance pour qu’on ne puisse pas contester, c’était son choix, et ensuite on allait au café où il nous racontait des histoires sur le film. »

La carrière cinématographique de Sólveig Anspach avait commencé en 1999, avec Haut les cœurs, dans lequel elle racontait son cancer, dont une récidive l’a emportée en août 2015. Restent les films, et aussi désormais, plus modestement, des centaines de documents passionnants lovés au sein des collections de la Cinémathèque française.

Remerciements à Clara Anspach et Marie Le Garrec.


Xavier Jamet est responsable web à la Cinémathèque française depuis 2007. Il est co-fondateur du site DVDClassik et collabore au magazine Soap.