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Un inachevé d'Orson Welles : « The Other Side of the Wind »

Hervé Pichard - 17 juin 2015

La Cinémathèque française reçoit quelquefois des dons d'archives dont on ne soupçonne pas l'existence tant le film auquel il se rapporte est lui-même invisible. C'est le cas du film culte The Other Side of the Wind. Réalisé par Orson Welles, il fait partie de ces films inachevés, jamais montrés, qui resteront dans l'histoire du cinéma et dans l'imaginaire collectif des cinéphiles.

Les archives de The Other Side of the Wind ont été offertes par Françoise Widhoff. Pendant des années, elle a été la complice de François Reichenbach. Le cinéaste et producteur produit F for Fake et présente Françoise Widhoff à Orson Welles. Elle travaille avec lui sur ce film puis sur The Other Side of the Wind. Celui-ci est produit, entre autres, par la société iranienne Les Films de l'Astrophore. En 1983, après la Révolution, son producteur, Medhi Boushehri, confiera la société à Françoise Widhoff. Elle dira de lui : « Il a sauvé François Reichenbach de la banqueroute en lui rachetant F for Fake, par mon intermédiaire. C'est ainsi que les Films de l'Astrophore ont hérité de The Other Side of the Wind, le dernier opus inachevé d'Orson Welles, film qui a failli ruiner les Films de l'Astrophore à leur tour ».

Ce don contient les dossiers de production de la société : des contrats, de nombreuses correspondances (dont des courriers et telex d'Orson Welles) et une dizaine de classeurs financiers et juridiques. Les dossiers nous apportent des précisions sur le projet de The Other Side of the Wind : la production a démarré en 1973 avec beaucoup d'enthousiasme. Une partie du tournage se déroule aux Etats-Unis puis le montage se fait entre 1974 et 1975 avec un arrêt soudain de la production. À partir de 1975, plusieurs tentatives d'accord pour terminer le film resteront vaines. Le réalisateur disparait régulièrement et semble s'opposer aux dispositions prises par la production, bloquant plus au moins consciemment l'avancée du projet. Une phrase d'un dossier, pourtant factuel, en dit long sur la personnalité d'Orson Welles à cette époque : « Tout individu nouveau, risque de subir le charme, l'influence et la réputation d'Orson Welles, et de porter préjudice aux éléments économiques et financiers en cause ».

On apprend cependant qu'une copie de travail du montage définitif était en possession d'Orson Welles et n'a jamais été montrée. Grâce à l'aide de Françoise Widhoff, nous retrouverons peut-être un jour ce montage et les éléments originaux de The Other Side of the Wind.


Hervé Pichard est responsable des acquisitions et chef de projet des restaurations de films à la Cinémathèque française.