Voyage à deux

samedi 26 octobre 2013, 15h00

Salle Georges Franju

15h00 16h55 (113 min)

Voyage à deux Two for the Road
Stanley Donen
États-Unis / 1967 / 113 min / 35mm / VOSTF

Avec Audrey Hepburn, Albert Finney.

À travers les voyages d'un couple, de la rencontre à l'usure du mariage, Stanley Donen ausculte avec une fausse légèreté les illusions romantiques, le désir et la persistance de l'amour. Porté par Audrey Hepburn et Albert Finney, Voyage à deux fait de la route le terrain d'un vertigineux jeu avec le temps, où passé et présent se télescopent au gré des souvenirs. Une comédie sentimentale d'une étonnante modernité, aussi inventive dans sa forme que lucide sur les soubresauts de la vie à deux.

Dans Madame de... de Max Ophuls, le général dit à son épouse, résumant d'un trait leur vie de couple : « Ce n'est que superficiellement que nous sommes superficiels. » On pourrait en dire autant de Voyage à deux tant l'histoire, sans se départir jamais d'une élégance apparemment frivole, n'en énonce pas moins, par mille chemins et sans détour, ses quatre vérités : l'incurable illusion romantique féminine qui culmine dans la sacralisation du mariage, l'homme éternel Narcisse infantile, la tristesse du sexe sans sentiment (l'auteur du scénario original signera celui du Eyes Wide Shut de Kubrick). Et encore l'éternelle sève de l'amour vrai et la beauté irradiante d'un retour de flamme. Mais dans Voyage à deux, c'est modernité à tous les étages, comme on le disait de l'eau et du gaz : la mise en scène se nourrit d'un double principe dynamique, d'un côté en allant de l'avant (la route, l'espace), de l'autre en ne cessant de regarder en arrière (le rétroviseur, le temps), le réalisateur et le spectateur se régalant de l'incessant ballet spatio-temporel des frôlements, évitements, collisions des corps, des images, des matières et des couleurs. Mais comment être surpris que la modernité européenne des années 1960 en passe, pour l'Amérique, par un Stanley Donen dans sa période anglaise, lui qui, dès 1949, à l'heure du néoréalisme, osait une comédie musicale en pleine rue (Un jour à New York) ? Voyage à deux est une leçon de vie doublée d'une leçon de cinéma, à moins que ce ne soit l'inverse.

Bernard Benoliel