La Cinémathèque engage d’importants travaux de rénovation de ses salles de cinéma, comprenant notamment le remplacement de l’ensemble des fauteuils et des moquettes. Ce chantier d’envergure entraîne la fermeture de toutes les salles de projection du 13 juillet au 15 septembre 2026. Les autres activités, dont l'exposition Marilyn Monroe, restent ouvertes au public jusqu'au 26 juillet, date de la fermeture estivale.
Dans le cadre de la soirée Bis Terence Fisher
Terence Fisher forever
Retour aux fondamentaux et à un cinéaste majeur. Terence Fisher a laissé une œuvre passionnante qui a débordé largement les limites du genre auquel on l'attachait. Comment comprendre aujourd'hui, en effet, une filmographie marquée par un anglicanisme iconoclaste et un rapport paradoxal à l'imaginaire. Deux chefs d'œuvre donc comme piqure de rappel ou manière d'entrée dans un monde parfaitement unique dans l'histoire du cinéma. Résurrectionniste des mythes issus de la littérature d'un XIXe siècle traversé de contradictions irrésolues, Fisher, après ses Frankenstein et son Dracula, s'est attaqué au roman de Robert Louis Stevenson, L'Etrange cas du docteur Jekyll. Réflexion sur la dualité humaine, sur la lutte entre le ça et le surmoi, entre la raison et les pulsions, The Two faces of Doctor Jekyll, réalisé en 1959, inverse les termes de l'ouvrage de Stevenson en faisait de Jekyll un bourgeois terne et physiquement ingrat et de Hyde un beau jeune homme, sorte de surhomme se situant au-dessus de la morale sociale. Plutôt que d'un film de terreur, il s'agit d'un drame pervers en costumes, la peinture d'un triangle passionnel et sexuel où le personnage incarné par Christopher Lee, sorte de jouisseur sans morale est dépassé sur son propre terrain par le luciférien Hyde. Dès les premières images, où l'on voit Jekyll désigner des enfants jouant dans son jardin comme de « stupides petits animaux » se dessine une certaine vision hobbesienne de la société, une vision qui marque en profondeur l'œuvre de l'auteur du Cauchemar de Dracula.
En 1969, dix ans plus tard, Le Retour de Frankenstein sera le quatrième titre réalisé par Fisher et consacré au personnage inventé par Mary Shelley. Là aussi le thème horrifique et prométhéen du mythe est parasité par un substrat mélodramatique profond. En greffant le cerveau d'un savant atteint de maladie mentale sur un autre homme, le baron Frankenstein ouvre la voie à une intrigue purement mélodramatique, l'histoire d'un amour désormais impossible entre celui qui est devenu une création méconnaissable du scientifique et sa propre épouse. Mais si le film constitue l'un des plus bouleversants réalisé par Fisher, c'est également celui où le célèbre savant se révèle être l'être le plus cruel et le plus indifférent aux conséquences matérielles de ses actions. Uniquement guidé par ses pulsions tout autant que par la réalisation de son utopie, Frankenstein tue et viole avec une inconscience inédite. Une nouvelle étape de l'œuvre de Fisher vers une sorte de noirceur désespérée. Quoi de neuf ? Terence Fisher. À quand une nouvelle rétrospective à la Cinémathèque ?
Jean-François Rauger