Double messieurs

samedi 2 mai 2026, 14h30

Salle Henri Langlois

14h30 17h00 (150 min)

Jean-François Stévenin
France / 1986 / 90 min / DCP / Version restaurée

Avec Carole Bouquet, Yves Afonso, Jean-François Stévenin.

Deux copains d'enfance partent à la recherche de leur ancien souffre-douleur. Ils ne trouvent que sa femme et la kidnappent. Le trio s'embarque alors dans une étrange odyssée entre Grenoble et les Alpes. Avec un certain cinéma américain en tête, et le Monte Hellman de Macadam à deux voies comme figure tutélaire, avec Carole Bouquet comme pierre angulaire d'un récit libre, poétique, Stévenin orchestre une nouvelle échappée, sept ans après son Passe montagne. Son film s'invente quasiment en direct, dans une mise en danger où la vie rejoint la fiction. « Moi, ce qui me fascine, c'est le mouvement. Je suis un pudique qui cache ses émotions sous la technique. Saisir les moments de bascule et de déséquilibre, voilà ce qui m'intéresse. » Démonstration parfaite.

Sept ans après Passe montagne, Stévenin prend de nouveau la tangente, tourne hors de tout circuit, des formules toutes faites, ignorant ce qui se fait ou non, avec Cassavetes et Monte Hellman comme figures tutélaires. Si Passe montagne est son Husbands, alors Double messieurs est son Macadam à deux voies. Soit au départ une nouvelle histoire de fugue, où deux dadais rêveurs partent sur le chemin de leur enfance. Mais avec Carole Bouquet, le programme se modifie. Exit le film de mecs, Stévenin jette le dernier tiers du scénario et décide que c'est elle qui va tirer l'histoire. Il a trouvé l'étincelle, le virage inattendu qui emporte son film encore ailleurs. Virage ou visage, la beauté glacée de la comédienne détonne dans le film et le force à se plier à sa présence. C'est elle qui pousse Stévenin à tourner des scènes qu'il n'a plus envie de faire ou qu'il évite. Lui a lâché prise, il se laisse porter par elle, et elle par le film, qui s'invente presque en direct. « Je suis désolé... », c'est tout ce qu'il arrive à sortir dans la magnifique scène de l'hôtel. On ne sait si c'est le personnage de François qui parle ou si c'est le cinéaste qui s'excuse auprès de son actrice bouleversée par cette mise en danger. Séquence magnifique, qui tient sur un fil, où l'on sent les deux acteurs à deux doigts de tomber, mais ils tiennent, avancent, s'accrochant l'un l'autre pour tenir la scène tout en haut, là où le cinéma classique ne peut grimper, là où la vie rejoint complètement sa mise en fiction cinématographique.

Oliver Bitoun


60 min

« Ce que je cherche, c'est l'accident. Je propose quelque chose en début de journée. On le réalise, on met de l'huile dans les rouages pour que ça fonctionne bien, et une fois que ça fonctionne bien, j'essaie de casser tout ça. Parce qu'on prépare quelque chose, et il y a un moment où ça ne vous intéresse plus vraiment. Ce qui est intéressant c'est le quelque chose, humain ou technique, qui se produit en plus, le décalage. Tout d'un coup, un type se met à courir, et on s'aperçoit qu'on ne l'a pas vu partir. Voilà ce que je cherche. » (Jean-François Stévenin)

Séance suivie d'une signature par Yann Dedet de Le Point de vue du lapin, Le Spectateur zéro, Silésie, ainsi que Maurice Pialat, Portrait de l'artiste en sale môme (P.O.L, 2026), à partir de 17h30 à la librairie de la Cinémathèque.


Yann Dedet est monteur. Formé aux Laboratoires de Tirages Cinématographiques de Saint-Cloud, il a travaillé avec des cinéastes comme François Truffaut, Maurice Pialat, Jean-François Stévenin, Cédric Kahn, Philippe Garrel… Il a lui-même réalisé des courts et long-métrages de fiction et documentaires, et participé à plusieurs films comme scénariste ou acteur. Il est auteur de plusieurs ouvrages, dont Le Principe du clap (P.O.L, 2022).

Bruno Nuytten est directeur de la photographie et réalisateur.

Jackie Berroyer est acteur et scénariste