Mon XXe siècle

samedi 28 mars 2026, 15h00

Salle Georges Franju

15h00 17h45 (161 min)

Mon XXe siècle Az Én XX. századom
Ildikó Enyedi
Hongrie-Allemagne-Cuba / 1989 / 101 min / DCP / VOSTF / Version restaurée

Avec Oleg Yankovskiy, Dorota Segda, Paulus Manker.

Façonnée telle une mosaïque, une fable qui marie la grande histoire d'innovations merveilleuses (l'ampoule électrique d'Edison, l'essor de l'aviation, les télécommunications, le cinématographe) au destin de deux orphelines jumelles, nées à Budapest et séparées à l'enfance. La mise en scène onirique et souvent drôle, la sublime photographie en noir et blanc, qui sculpte et enveloppe chaque scène d'une forme d'abstraction rêveuse, tout ici concourt au merveilleux. Coup d'éclat du Festival de Cannes 1989, Caméra d'or, un premier film comme un tour de magie.

Avec pour intention initiale l'évocation des deux décennies qui précédent et préfigurent le XXe siècle, Ildikó Enyedi signe un premier film remarquable, onirique et drôle, où l'imaginaire côtoie le réel. Les inventions et les progrès techniques – l'incroyable démonstration de l'ampoule électrique par Edison en 1879 à Menlo Park, l'essor de l'aviation, les télécommunications, le cinématographe – apparaissent comme des moments magiques, miraculeux ; ils annoncent la promesse de tous les possibles et une foi en l'humanité. Le potentiel sera pourtant détourné et détruit par le cataclysme des deux guerres mondiales. « On a oublié les ouvertures extraordinaires offertes par les grandes découvertes techniques, non seulement matériellement mais surtout dans l'esprit. Il régnait alors un mode de pensée très ouvert, très dynamique, confiant dans la force de l'individu, dans le pouvoir de l'imagination », confiait la réalisatrice. Façonné tel une mosaïque, le récit assemble ces fragments d'innovations merveilleuses à l'histoire de deux sœurs jumelles nées à Budapest, deux orphelines séparées à l'enfance. À vingt ans, contraintes de s'inventer un rôle pour exister (deux personnalités opposées mais complémentaires), elles se croisent, fréquentent le même homme, et tentent inconsciemment de se réunir tant leur complétude leur fait individuellement défaut. La sublime photographie en noir et blanc conçue par Tibor Máthé éclaire artificiellement la quasi totalité des scènes, sculpte et enveloppe chaque instant d'une certaine abstraction. La lumière, comme une promesse au XXe siècle, et l'admiration qu'Ildikó Enyedi porte à Griffith et Méliès sont palpables. Présenté au Festival de Cannes en 1989 dans la section Un certain regard, le film remporte la Caméra d'or et suscite l'admiration de la critique.

Samantha Leroy


60 min

« Avoir une sorte de style, avoir un langage cinématographique très défini, c'est à mon sens un moyen de défense, un peu comme porter une armure. Moi, je travaille sans armure. Il y a bien des fois où je sens que ça me met face à un certain danger, et c'est sûr que ce n'est pas toujours très pratique, mais je souhaite que chaque film soit une découverte. Je veux entrer dans des territoires inconnus à chaque fois et je pense qu'en faisant ainsi je m'accorde le plus grand luxe possible. » (Ildikó Enyedi)


Émilie Cauquy est cheffe de projet de la plateforme HENRI, responsable de la valorisation de la collection film à la Cinémathèque française, inventrice de projections augmentées sous la forme de ciné-spectacles et programmatrice invitée pour le festival Il Cinema Ritrovato à Bologne.