Détour

mercredi 11 mars 2026, 14h30

Salle Henri Langlois

14h30 19h00 (267 min)

200 min

En partenariat avec le CNC et la Commission Supérieure Technique de l'image et du son.

Nous sommes entrés dans ce que le philosophe Patrick Viveret nomme une « décennie décisive ». Avec le réchauffement climatique, la pollution de l'air et l'empreinte des plastiques, c'est le devenir même de l'humanité qui est en jeu. Artisans de cette prise de conscience, des anthropologues, des philosophes, des économistes, des historiennes et historiens, des militantes et militants, mais aussi des écrivains, des artistes et des cinéastes travaillent à changer notre regard sur la planète et le vivant.
Sans prétendre à une quelconque exhaustivité sur un sujet aussi vaste, notre journée d'étude se propose d'observer comment l'écologie est à la fois une préoccupation et un horizon dans la création des films, mais aussi, car c'est une préoccupation majeure de toute cinémathèque, dans leur conservation et leur restauration. Nous nous ferons l'écho de nouvelles manières de concevoir et de penser les films, mais aussi de les fabriquer. En 2024, un film aussi beau et bouleversant que Le Roman de Jim des frères Larrieu remportait le prix Ecoprod, qui récompense des productions vertueuses en matière environnementale. Nous nous demanderons aussi de quoi sont faits les récits dits écologiques, de quels élans et de quelles méthodes.
Nous nous poserons également la question de savoir comment les nouvelles connaissances sur l'écologie viennent interroger les usages en matière de conservation et de restauration photochimique. Quelles sont les voies, pour les institutions et les laboratoires, d'une pratique raisonnée ?
Enfin, nous nous proposerons de découvrir comment la pensée écologique est à l'origine de nouvelles lectures de l'histoire du cinéma, aussi originales que stimulantes.
Chercheuses et chercheurs, techniciennes et techniciens, critiques, cinéastes, productrices et producteurs, et personnalités représentantes des pouvoirs publics interviendront tout au long de cette journée, qui se conclura avec la découverte d'un film noir présenté par l'écocritique américaine Jennifer Fay.

APRÈS-MIDI

14h30 — Introduction

14h45 — Table ronde : Comment l'urgence climatique transforme-t-elle les manières de filmer le monde ? La parole aux cinéastes et à la critique (1h15)

Avec Thomas SALVADOR (Cinéaste, La Montagne), Louise HÉMON (Cinéaste, L'Engloutie). Modération par Gabriel BORTZMEYER (critique et enseignant)

16h — Détour (Edgar G. Ulmer, 1945, 67 minutes)

Projection précédée d'une présentation (20') par Jennifer FAY
Le road movie américain est un hommage à l'asphalte, au pétrole et à l'automobile. C'est un genre consacré à l'accomplissement individuel américain – ou « auto-mobilité » – réalisé en sillonnant le pays en quête d'une « vie meilleure ». Détour prend le genre à contrepied. Film à petit budget méchamment fataliste, il met au jour l'impasse du mythe de la route nationale. Interprétation sombre de la mythologie américaine par un émigré, il est également une leçon sur l'écologie du film noir. − Jennifer Fay

Programme 1ème partie (matinée)

Conception et organisation : Juliette Armantier, Marién Gomez, Pauline de Raymond (Cinémathèque française)


Détour Detour
Edgar G. Ulmer
États-Unis / 1945 / 67 min / 35mm / VOSTF
D'après le roman Detour de Martin Goldsmith.

Avec Tom Neal, Ann Savage, Claudia Drake.

Le road movie américain est un hommage à l'asphalte, au pétrole et à l'automobile. C'est un genre consacré à l'accomplissement individuel américain – ou « auto-mobilité » – réalisé en sillonnant le pays en quête d'une « vie meilleure ». Détour prend le genre à contrepied. Film à petit budget méchamment fataliste, il met au jour l'impasse du mythe de la route nationale. Interprétation sombre de la mythologie américaine par un émigré, il est également une leçon sur l'écologie du film noir. — Jennifer Fay

Budget minimum pour une tension maximum. Mélodrame d'une sécheresse extraordinaire, Détour vaut pour sa grande agressivité, sa voix off tourmentée, ses retournements de situations et son noir et blanc sublime. Mais surtout pour Tom Neal, en victime exemplaire, et Ann Savage, mauvaise comme une teigne, classée parmi les femmes fatales les plus effroyables. Un détour sans issue, d'une noirceur admirable.

« L'un des nombreux chefs-d'œuvre d'Edgar George Ulmer, le seul véritable cinéaste underground de l'histoire du cinéma. » (Jacques Lourcelles)