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Cinéma et conscience de classe
Après un apprentissage au Centro Sperimentale à Rome, une activité de critique de cinéma, puis de scénariste, Sergio Sollima se lance dans la réalisation de films en 1962. Il signe, entre 1965 et 1966, trois bandes d'espionnage, surfant sur le succès des films de James Bond. Colorado, en 1966, sera son premier western. Le Dernier Face à face, qui lui succède un an plus tard, reprend le principe d'une utilisation allégorique des péripéties du genre. L'heure est au bouillonnement contestataire et au développement des luttes sociales. Le western sera une manière pour le cinéma populaire transalpin d'évoquer le combat anti-impérialiste et les luttes de classe. Au milieu de cinéastes voués à utiliser les conventions des genres au service d'une forme de réflexion politique vulgarisée (Corbucci, Pontecorvo, Lizzani et même Leone), Sollima apparaît comme le plus finement dialectique. Dans Le Dernier Face à face, dont le scénario est dû à Sergio Donati, le processus de la prise de conscience, péripétie essentielle de ce type de production, semble ambivalent. Si le hors-la-loi Beau Beauregard (Tomás Milián en pleine forme) découvre in extremis sa place – ainsi que celle de sa bande, la « Horde sauvage » devenue la représentation concrète d'un peuple introuvable, dans un processus historique long –, l'intellectuel progressiste incarné par Gian Maria Volonté (furieusement brechtien), se révèle finalement être déterminé par sa classe d'origine, une petite bourgeoisie rongée par le virus individualiste.
Jean-François Rauger
La projection du Dernier Face à face sera suivie d'une discussion avec Vincent Jourdan, auteur de l'ouvrage Sergio Sollima. Le cinéma au couteau.