Solidarité canicule
La Cinémathèque française ouvre gratuitement les portes de son Musée Méliès au public jusqu'au dimanche 28 juin inclus. Venez profiter de la fraîcheur du Musée Méliès et voyager à travers l’histoire du cinéma, de midi à 19h.
Avec Natalie Portman, Jason Schwartzman, Waris Ahluwalia.
Préquel de À bord du Darjeeling Limited, un petit bonbon doux-amer, qui met en scène Jason Schwartzman et Natalie Portman dans une chambre d'hôtel parisien, où deux amants se retrouvent pour un dernier adieu.
Avec Owen Wilson, Adrien Brody, Jason Schwartzman.
Le voyage en train, à travers l'Inde, d'une fratrie en quête de recomposition. Équipés d'une dizaine de valises, d'antidépresseurs et d'une bombe lacrymogène, les voici en route pour résoudre une foule de conflits familiaux, prêts à se délester d'un passé trop lourd et accepter de rentrer dans l'âge adulte.
À bord du Darjeeling Limited est le cinquième long métrage de Wes Anderson. Il impose l'univers fascinant et coloré du cinéaste, où décors élaborés et costumes délicats le disputent à une mise en scène dynamique et nerveuse. Les petits espaces des compartiments et le couloir exigu du train obligent à une construction méticuleuse dans un cadre réduit, le train lui-même figurant l'histoire qui avance. Le film s'ouvre sur ce qui paraît une course-poursuite. Il y a bien une course : celle entre Bill Murray et Adrien Brody, pour qui il s'agit de monter dans le train qui vient de partir. Course entre deux générations d'acteurs, seul le plus jeune parviendra à bord du Darjeeling Limited : c'est son aventure, un voyage initiatique, après l'enfance. Peter (Adrien Brody) rejoint à bord ses deux frères, Francis (Owen Wilson) et Jack (Jason Schwartzman). Ils entament ensemble un voyage « spirituel » à travers le Rajasthan dont l'objet sera, pour ces garçons en quête de sens familial, de reconstituer une fratrie décomposée et, plus matures, de réapprendre à vivre. Traiter des sujets forts (et parfois embarrassants) à la manière d'une comédie d'aventures légère et mélancolique est un art ici parfaitement maîtrisé par Wes Anderson. Le film, émouvant et sensible, à l'esthétique affirmée et à la mise en scène élégante, approche avec intelligence les difficultés des personnages à être au monde. En l'occurrence une partie du monde, l'Inde, où ils se retrouvent à la fois perdus et bouleversés. Les trois frères trimballent une tonne de valises chics et personnalisées, dont on se demande ce qu'elles peuvent bien contenir (on les ouvre seulement pour y trouver des antidépresseurs et un gaz lacrymogène servant au cadet à tenir ses aînés à distance) et dont c'est peu de dire qu'elles encombrent. Leur mission achevée (retrouver leur mère retirée dans un monastère himalayen), les frangins, montés in extremis à bord du train du retour, contemplent leurs bagages jetés à terre, épars, comme on regarde s'éloigner un passé trop lourd, encombrant. Adultes, ils sont soulagés. Et nous, ravis.
Matthieu Grimault