Solidarité canicule
La Cinémathèque française ouvre gratuitement les portes de son Musée Méliès au public jusqu'au dimanche 28 juin inclus. Venez profiter de la fraîcheur du Musée Méliès et voyager à travers l’histoire du cinéma, de midi à 19h.
Avec James Stewart, Ruth Roman, Corinne Calvet.
1896, la ruée vers l'or du Klondike. Jeff Webster conduit un troupeau de bétail sur la route des pionniers jusqu'à Dawson City, première contrée minière édifiée aux confins de l'Amérique du Nord. Avec une science rare du cadre, Mann filme de splendides tableaux enneigés d'Alaska, en contraste avec les villes boueuses, anarchiques, peuplées de bons bougres avinés, d'ordures qui font la loi, et d'aventurières que rien n'arrête. Dans cet espace en voie de civilisation, l'individualisme du cow-boy sans attache est mis à rude épreuve. Parvenu au seuil de la modernité, le héros mannien, si bien incarné par James Stewart depuis Winchester '73, n'a d'autre choix que de s'adapter au nouveau monde et de renoncer à sa liberté. L'un des plus beaux westerns du tandem.
De 1950 à 1955, Anthony Mann et James Stewart tournent huit films ensemble dont cinq westerns, parmi les plus beaux du genre, le cinéaste et l'acteur accomplissant un geste esthétique d'envergure. Il faudra revenir sur le trajet de Stewart et la réinvention de son jeu dans l'après-guerre. Quant à ces westerns qui sont comme les cinq doigts de la main, cela vaut la peine de relever aussi ce qui les distingue. Entre le premier, Winchester '73, et le quatrième, Je suis un aventurier, tous deux scénarisés par Borden Chase pour le studio Universal, l'un en noir et blanc et l'autre en couleur, il s'agira ainsi de mesurer le chemin parcouru ou le terrain perdu. Car si de l'un à l'autre, le personnage selon Mann traverse une même étendue américaine, il ne la traverse visiblement plus de la même façon. À titre d'indice, disons que de ces cinq westerns, Je suis un aventurier est celui qui se situe historiquement le plus tard : en 1896, la conquête de l'Ouest est terminée et le continent largement quadrillé. Peut-on encore être libre sans espace ?
Bernard Benoliel est directeur de l'action culturelle et éducative à la Cinémathèque française. Il a écrit avec Jean-Baptiste Thoret Road movie, USA, publié chez Magnani en 2026.