La Cinémathèque engage d’importants travaux de rénovation de ses salles de cinéma, comprenant notamment le remplacement de l’ensemble des fauteuils et des moquettes. Ce chantier d’envergure entraîne la fermeture de toutes les salles de projection du 13 juillet au 15 septembre 2026. Les autres activités, dont l'exposition Marilyn Monroe, restent ouvertes au public jusqu'au 26 juillet, date de la fermeture estivale.
« Si je veux manger du poisson, je ne veux pas que vous me disiez de manger du poisson ! » C'est avec cette déclaration que Samuel Fuller, posté derrière sa machine à écrire Royal, donne le ton de ce troisième portrait de cinéastes américains de la série Cinéastes, de notre temps. Filmé sur une journée dans l'appartement parisien de Fuller, qui travaille alors sur le projet avorté des Fleurs du mal avec Noël Burch, le film de Labarthe saisit la parole tendue et d'une redoutable efficacité de Fuller, à l'image de son cinéma. Cette éloquence implacable rappelle l'obsession du cinéaste à traquer les vides et les temps morts dans ses films, où recadrages et plans-séquences sont maîtres, aux dépens du découpage. L'entretien mené par Luc Moullet est rythmé par des cartons fixes, Fuller y évoque sa jeunesse, sa vision de la politique et du cinéma, en écho avec de nombreux extraits de ses films. C'est là tout le génie de Labarthe et de Burch d'avoir façonné au montage ces quatre heures de rushes de façon à expulser « tout ce qui dans le réel brut ressortit à la durée morte ». C'est-à-dire réussir à livrer un portrait de cinéaste dont le rythme et la forme se rapprochent au plus près du système même des films de l'auteur. Dans un élan de beauté ultime, les dernières minutes voient apparaître sur fond noir un carton blanc, « LE SON », accompagné des coups de feu tirés à la fin de La Maison de bambou, le carton changeant de couleur au rythme des détonations.
Caroline Maleville