Solidarité canicule
La Cinémathèque française ouvre gratuitement les portes de son Musée Méliès au public jusqu'au dimanche 28 juin inclus. Venez profiter de la fraîcheur du Musée Méliès et voyager à travers l’histoire du cinéma, de midi à 19h.
En juin 1961, Jacques Rivette dénonce avec violence dans les Cahiers du cinéma un film de Gillo Pontecorvo, Kapo, le premier film occidental (une co-production entre France, Italie et Yougoslavie) qui, à travers une fiction, reconstitue l'expérience d'un camp de concentration nazi. Le texte de Rivette, « De l'abjection », frappe dès l'époque par son ton polémique. « Voyez cependant, dans Kapo - écrit le critique en prenant à témoin son lecteur à propos d'un plan où Emmanuelle Riva se suicide en se jetant sur les barbelés électrifiés -, l'homme qui décide, à ce moment, de faire un travelling-avant pour recadrer le cadavre en contre-plongée, en prenant soin d'inscrire exactement la main levée dans un angle de son cadrage final, cet homme n'a droit qu'au plus profond mépris. » Un simple mouvement de caméra, quand il regarde la mort de masse, peut être, au nom de l'éthique, le mouvement à ne pas faire. On mènera l'enquête sur ce texte, ce plan, le cinéma de Pontecorvo et son ostracisation en France, enfin sur l'étonnante filiation de ce « texte-plan », devenu l'une des plus célèbres propositions-dénonciations de l'histoire d'un art.
À la suite de la conférence, à 21h15, projection d'un film choisi par le conférencier : Kapò de Gillo Pontecorvo.
Antoine de Baecque a écrit L’Histoire-caméra, volumes 1 et 2, où il approche les rapports entre cinéma et histoire via l’étude formelle des films, et des biographies des piliers de la Nouvelle Vague : Truffaut, Godard, Rohmer, Chabrol. Il commence actuellement celle de Jacques Rivette, dont il pourra éclairer l'œuvre critique par des archives inédites. Il est professeur d’histoire du cinéma à l’École normale supérieure.