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Sur le papier, Trop belle pour toi ne ressemble à rien de plus qu’une sempiternelle histoire d’adultère bourgeois où le cinéaste retrouve l’une de ses combinaisons favorites : le trio amoureux. Mais il inverse les règles du jeu en mettant en scène un homme qui, alors qu’il est marié à une femme sublime, jette son dévolu sur sa secrétaire en apparence plus quelconque, et il dynamite l’aspect conventionnel de son postulat, télescope les temporalités, mêle l’imaginaire et le réel, fait dialoguer le passé et le présent. Jouant sur une logique onirique fascinante, il procède par glissements, ellipses, coq-à-l’âne et points de raccord incongrus, pour nous faire pénétrer dans un espace-temps incertain. En dépit de la complexité de son récit, de sa narration et de sa mise en scène, tout en jeux de miroir et faux-semblants, Blier parvient à lui conserver une certaine fluidité et à lui donner une dimension musicale. Guidé par la partition de Schubert, personnage à part entière, il offre un jeu savant de rimes, de reprises, de contrepoints et de variations autour des mêmes motifs et parvient à faire surgir l’inconscient, à saper le réalisme pour livrer une peinture acide et ironique des conventions bourgeoises à la manière de Buñuel. Si la beauté parfaite incarnée par l’impériale Carole Bouquet demeure l’objet de toutes les convoitises, elle peut aussi devenir un piège ambivalent et cruel. Car au-delà des normes, des institutions, il y a cet obscur objet du désir et du sentiment amoureux que Blier explore ici de manière vertigineuse.
Vincent Roussel