La Vie de Jésus

samedi 11 septembre 2021, 14h30

Salle Henri Langlois

14h30 17h10 (156 min)

Bruno Dumont
France / 1996 / 96 min

Avec David Douche, Marjorie Cottreel, Geneviève Cottreel.

Freddy, jeune épileptique, vit avec sa mère Yvette à Bailleul où elle tient le café Au petit casino, siège d'un club de pinsonneux, amateurs de pinsons qui concourent tous les dimanches.

Pour son premier film, Bruno Dumont impose d'emblée les fondamentaux qui peupleront son cinéma, entre direction d'acteurs amateurs, tournage sur les lieux de sa jeunesse – ici, Bailleul, sa ville d'origine – et étude d'un environnement modeste. Prix Jean Vigo en 1997, La Vie de Jésus observe une génération désœuvrée, prisonnière d'une existence morne où l'avenir n'est qu'un abîme de noirceur. Malgré la spiritualité suggérée dans son titre, le long métrage évoque surtout la réalité d'un monde gangrené par le chômage et la violence avant la survenue d'un drame qui mène à la rédemption. Bruno Dumont sait comment saisir le mouvement en alternant séquences explicites et plans furtifs, capables de révéler le manque d'intérêt d'une vie et l'inéluctable recours à la brutalité. Ancien professeur de philosophie, le cinéaste décrit un milieu auquel il n'appartient pas, mais parvient à en capter les moindres contours sans porter de jugement évident. À lui seul, Freddy, son personnage principal, représente toute l'ambivalence et le désenchantement d'un film qui oscille entre l'austérité et la tendresse.


60 min

À la suite de la projection de La Vie de Jésus, rencontre animée par Frédéric Bonnaud et Émilie Cauquy.

« Je prends des "vraies" gens, et l'acteur de composition ne me satisfait pas car j'ai besoin de réalité, de vrais décors, de vraies gens, de vrais sons pour fabriquer de la fiction. Je n'envisage pas de faire de la fiction avec de l'artifice. » « Je crois aussi qu'il y a quelque chose d'inaccessible. Moi, je suis en train de faire un film et de trouver des moyens d'expression et le spectateur est de l'autre côté. Je n'attends pas de lui une entente et je me réjouis plus du contentement qu'il peut avoir à y trouver du sens, peut-être à des années lumières mais qu'importe, ce n'est pas un cinéma univoque et absolu. Il n'y a pas de message, de communication. Cela doit être poétique, sensuel, pour supporter la liberté du regard. » « Je ne suis pas un cinéaste du collectif mais un cinéaste de l'individu. Le collectif, je ne sais pas ce que c'est, sinon que c'est un plein d'individus. Le sujet de L'Humanité c'est Pharaon, celui de La Vie de Jésus c'est Freddy. C'est le point de départ et toute la mise en scène tourne autour d'eux. » « Même si je tourne en extérieur, je ne filme que l'intérieur, le film lui-même c'est l'intérieur, du début à la fin. C'est pour ça que quand je filme un paysage, c'est l'intériorité. » (Bruno Dumont, entretien avec Philippe Tancelin, éditions Dis Voir, 2001)


Frédéric Bonnaud est directeur général de la Cinémathèque française.

Émilie Cauquy est cheffe de projet de la plateforme HENRI, responsable de la valorisation de la collection film à la Cinémathèque française, inventrice de projections augmentées sous la forme de ciné-spectacles et programmatrice invitée pour le festival Il Cinema Ritrovato à Bologne.