La Cinémathèque engage d’importants travaux de rénovation de ses salles de cinéma, comprenant notamment le remplacement de l’ensemble des fauteuils et des moquettes. Ce chantier d’envergure entraîne la fermeture de toutes les salles de projection du 13 juillet au 15 septembre 2026. Les autres activités, dont l'exposition Marilyn Monroe, restent ouvertes au public jusqu'au 26 juillet, date de la fermeture estivale.
Il faut d'abord parler de Wendell Mayes, un des plus brillants scénaristes des années 50/60 qui écrivit entre autres pour Daves, Hathaway ou Preminger. Il avait découvert en 1967 Incident at Muc Wa, roman écrit en 1964 par Dan Ford et basé sur les articles qu'il publia dans The Nation. Mayes acheta les droits et rédigea le scénario de ce qui devint le premier film à parler de cette guerre, et ce à travers une période jamais évoquée, celle où Kennedy commença par envoyer quelques dizaines de conseillers militaires et d'officiers volontaires pour encadrer l'armée sud-vietnamienne. Parmi eux, le major Barker, joué par Lancaster, comprend rapidement que la guerre est déjà perdue, lorsqu'il constate que les prétendus experts envoyés par le gouvernement, ne comprennent rien au terrain.
Mayes renouvela les droits pendant onze ans, alors que les studios se dégonflaient l'un après l'autre, jusqu'à ce que l'énergie de Ted Post et l'engagement passionné de Burt Lancaster, qui investit 150 000 $, sauvent le projet. Le Merdier est peut-être, avec Platoon, le meilleur film sur la guerre du Vietnam – Apocalypse Now étant hors concours –, l'un des plus âpres, des plus lucides, des plus amers. Pas de tirades idéologiques, juste une série de petits faits aigus, de notations tranchantes pointant l'incapacité de l'armée américaine à comprendre la nature de cette guerre, et donc à la juguler. C'est l'un des seuls films qui prenne en compte dans sa dramaturgie l'Occupation française et les traces qu'elle a laissées, dont une citation d'Hérodote. À des années de distance, la même tragédie sanglante se reproduit. L'Histoire bégaie.
Post réussit à arracher le film dans des conditions acrobatiques, avec un budget ridicule, tournant dans un bout de jungle californienne à quelques mètres d'un parc d'attraction. Ce qui semble le doper, tout comme Aldrich dans Attaque, et confère à son film la même urgence. Quant à la musique, signée Dick Halligan (Blood, Sweat & Tears), elle est envoûtante.
Bertrand Tavernier