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lundi 24 mai 2021, 16h00

Salle Henri Langlois

16h00 → 17h55 (114 min)

Le Merdier
Go Tell the Spartans
Ted Post
États-Unis / 1977 / 114 min / Numérique / VOSTF

Avec Burt Lancaster.

Pendant la guerre du Vietnam, un conseiller militaire se met à douter du bien-fondé de sa mission, et de celle des hommes qu'il envoie au combat.

Il faut d'abord parler de Wendell Mayes, un des plus brillants scénaristes des années 50/60 qui écrivit entre autres pour Daves, Hathaway ou Preminger. Il avait découvert en 1967 Incident at Muc Wa, roman écrit en 1964 par Dan Ford et basé sur les articles qu'il publia dans The Nation. Mayes acheta les droits et rédigea le scénario de ce qui devint le premier film à parler de cette guerre, et ce à travers une période jamais évoquée, celle où Kennedy commença par envoyer quelques dizaines de conseillers militaires et d'officiers volontaires pour encadrer l'armée sud-vietnamienne. Parmi eux, le major Barker, joué par Lancaster, comprend rapidement que la guerre est déjà perdue, lorsqu'il constate que les prétendus experts envoyés par le gouvernement, ne comprennent rien au terrain.

Mayes renouvela les droits pendant onze ans, alors que les studios se dégonflaient l'un après l'autre, jusqu'à ce que l'énergie de Ted Post et l'engagement passionné de Burt Lancaster, qui investit 150 000 $, sauvent le projet. Le Merdier est peut-être, avec Platoon, le meilleur film sur la guerre du Vietnam – Apocalypse Now étant hors concours –, l'un des plus âpres, des plus lucides, des plus amers. Pas de tirades idéologiques, juste une série de petits faits aigus, de notations tranchantes pointant l'incapacité de l'armée américaine à comprendre la nature de cette guerre, et donc à la juguler. C'est l'un des seuls films qui prenne en compte dans sa dramaturgie l'Occupation française et les traces qu'elle a laissées, dont une citation d'Hérodote. À des années de distance, la même tragédie sanglante se reproduit. L'Histoire bégaie.
Post réussit à arracher le film dans des conditions acrobatiques, avec un budget ridicule, tournant dans un bout de jungle californienne à quelques mètres d'un parc d'attraction. Ce qui semble le doper, tout comme Aldrich dans Attaque, et confère à son film la même urgence. Quant à la musique, signée Dick Halligan (Blood, Sweat & Tears), elle est envoûtante.

Bertrand Tavernier