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dimanche 23 mai 2021, 11h45

Salle Henri Langlois

11h45 → 13h30 (104 min)

À la française
In the French Style
Robert Parrish
États-Unis-France / 1962 / 104 min / Numérique / VOSTF
D'après le roman In the French Style de Irwin Shaw.

Avec Jean Seberg, Stanley Baker.

Une jeune étudiante américaine en voyage à Paris, décide de rester en France pour y mener une vie sentimentale « à la française », contre l'avis de son père.

Robert Parrish a souvent réussi à imposer un regard très personnel et particulier tranchant sur l'ensemble du cinéma hollywoodien. Récits d'apprentissage où les femmes jouent un rôle primordial, ses films se distinguent par leur attention chaleureuse envers les personnages féminins, les minorités. Par leur absence de machisme, leur ton souvent méditatif, de L'Aventurier du Rio Grande à La Flamme pourpre, jusqu'à cette adaptation fidèle de deux magnifiques nouvelles d'Irwin Shaw, qui tourne le dos à bien des clichés encombrant les films américains situés en France (sauf peut-être le dîner chez le baron). Le film témoigne d'une intelligence, d'une délicatesse rares. Parrish, épaulé par le dialogue perçant et inspiré de Shaw, filme, regarde ses personnages avec un respect proche de Becker, une compréhension, un amour qui les illumine littéralement de l'intérieur. Les rapports entre Jean Seberg et son père témoignent d'une ouverture d'esprit, d'une profondeur, d'une absence de moralisme unique dans le cinéma américain de l'époque. Ce qu'il lui dit est dur, mais jamais condescendant. Avant cette belle séquence, le ton était déjà devenu grave, mélancolique (merveilleuse voix off si bien écrite). La simplicité quasi ascétique du film (succession de plans serrés), sert cette dramaturgie en creux fondée sur une suite d'échecs, de départs, de ruptures, culminant lors des scènes bouleversantes (la prière de l'héroïne sur un voilier, suppliant que le vent ne se lève pas, pour rester à l'écart du monde) opposant Seberg, si intense dans un personnage quasi autobiographique, à un Stanley Baker profond, déchirant. Son jeu dépouillé, nu (au sens que donne Simenon à ce mot), comme resserré sur l'essentiel, entraîne la poignante scène finale vers le désespoir tranquille cher à Thoreau.

Bertrand Tavernier