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jeudi 3 juin 2021, 18h45

Salle Georges Franju

18h45 → 19h55 (70 min)
Préventes complètes. Places disponibles au guichet 1h avant la séance.

Rowland Brown
États-Unis / 1931 / 70 min / DCP / VOSTF

Avec Spencer Tracy, George Raft, Ward Bond.

Un modeste chauffeur de camion, enrichi après quelques rackets, veut épouser une jeune femme aisée dont il est amoureux. Mais, amoureuse d'un autre, elle le repousse. Il décide alors de l'enlever.

Ce film de gangsters, d'une modernité stupéfiante, en avance de plusieurs décennies, évite brillamment les clichés et lourdeurs. Très supérieur à Little Caesar et au moins égal à Public Enemy. Le laconisme des dialogues (en partie écrits par un des acteurs, John Wray) et leur ironie subtile sont aux antipodes des tirades maladroites des premiers temps du genre. Fait insolite, Quick Millions est présenté comme une « Production Rowland Brown », alors que ce n'est que le tout premier film des trois films du réalisateur.

Une vision récente m'a rendu encore plus admiratif. La sécheresse incroyablement dense de la narration, l'absence de sentimentalisme transcendent les archétypes que semble véhiculer le sujet, et que le film contribue à construire. Le traitement des personnages féminins – Marguerite Churchill, Sally Eilers épatantes – est d'une incroyable modernité, tout comme l'interprétation de Tracy dans son premier rôle en vedette. Quant à George Raft, que Brown découvre avant Scarface, il est éblouissant dans son numéro de danse où la caméra met en valeur ses jambes comme plus tard, très joli effet de rime, lors d'un meurtre. Le tempo ultra-rapide, la structure éclatée expliquent le peu de notoriété du film, et illustrent le côté novateur et transgressif de Brown. Son destin, sa brusque disparition ont engendré questions et rumeurs (on affirma qu'il avait assommé un dirigeant de studio), qu'explique ainsi Philippe Garnier, son meilleur exégète : « Il était surtout un individualiste forcené, ne mâchant pas ses mots, et refusant les compromis. Ce qui l'a isolé, et rendu »inemployable« , c'est le fait qu'il tapait toujours ses amis, sans jamais rembourser quoi que ce soit, et qu'ils se sont fatigués du procédé. Aussi simple que ça. »

Bien avant Nicholas Ray, Brown voulut porter à l'écran Thieves Like Us (qui devint Les Amants de la nuit) et Nous sommes tous des voleurs. Il réussit à vendre quelques scénarios dont l'excellent Johnny Apollo, de Hathaway, et Angels With Dirty Faces, sans doute son plus personnel jusque dans ses défauts.

Bertrand Tavernier