La Cinémathèque engage d’importants travaux de rénovation de ses salles de cinéma, comprenant notamment le remplacement de l’ensemble des fauteuils et des moquettes. Ce chantier d’envergure entraîne la fermeture de toutes les salles de projection du 13 juillet au 15 septembre 2026. Les autres activités, dont l'exposition Marilyn Monroe, restent ouvertes au public jusqu'au 26 juillet, date de la fermeture estivale.
Soyons subjectifs, Mrs Muir est le plus beau film de Mankiewicz. Celui dans lequel – pardon aux amateurs de la malice du Limier, de l'intimité douloureuse de La Comtesse aux pieds nus, du cynisme délectable d'Eve – s'exprime toute la quintessence de son art. Une réalisation qui tutoie la perfection, dont l'élégance n'a d'égale que la discrétion. Photographie, cadrages, mouvements de caméra, portés par la sublime partition de Bernard Herrmann, sont encore une fois au service du récit. Les comédiens sont à leur meilleur, Gene Tierney en tête, qui forme avec Rex Harrison un couple à la dimension amoureuse quasi mystique, et, dans l'ombre, George Sanders, brillant et raffiné. Histoire de fantôme, de fantasme, d'un romantisme fou et d'une mélancolie poignante, d'une profonde modernité, Mrs Muir se démarque aussi par son féminisme affirmé. Lucy se libère de ses carcans, devient peu à peu maîtresse de ses choix, de sa vie. Assume sa destinée. On vit, souffre, espère, palpite, au diapason de ses soupirs. Il n'y a pas de hasard, puisque Lucy signifie « lumière ». Et elle est lumière, éclairée de l'intérieur, illuminée par son amour pour ce capitaine qu'elle est la seule à voir. La maison est un personnage à part entière, la mer s'agite au loin, sublimement symbolique. Mankiewicz ajoute avec finesse des touches de sensualité, et l'histoire prend alors une épaisseur presque charnelle. L'amour est le voyage d'une vie : « Il y a la quête de quelque chose d'autre, et les déceptions que l'on rencontre », expliquait Mankiewicz. Magnifique, déchirant, bouleversant.