En utilisant ce site, vous acceptez que les cookies soient utilisés à des fins d'analyse et de pertinence     Oui, j'accepte  Non, je souhaite en savoir plus
Les Naufragés de l'île de la Tortue
Les Naufragés de l'île de la Tortue

samedi 7 mars 2020, 14h30

Salle Georges Franju

14h30 → 16h55 (143 min)
Séance présentée par Jacques Rozier

Jacques Rozier
France / 1976 / 143 min / DCP

Avec Pierre Richard, Jacques Villeret, Caroline Cartier, Maurice Risch.

Deux employés d’une agence de voyages imaginent une formule touristique pour faire revivre l’expérience de Robinson Crusoé. Envoyés en repérages aux Antilles, ils voient débarquer un groupe de vacanciers.

Restauration 4K par La Cinémathèque française et A17 au laboratoire Hiventy à partir des négatifs image et son, avec le soutien du CNC et en collaboration avec l'Institut audiovisuel de Monaco, la Cinémathèque suisse et Extérieur Nuit.


Jacques Rozier n'a réalisé, depuis ses débuts avec la Nouvelle Vague, que quatre longs métrages. Les Naufragés de l'île de la Tortue en est le plus mal aimé, un joyau paradoxal, porteur d'une promesse autant que d'une faille qui parcourt ce désir de cinéma. Comme une évidence, Rozier veut être un cinéaste populaire, au sens le plus élémentaire – lui qui a depuis toujours filmé avec générosité et une totale absence de surplomb la France de son temps. Du côté d'Orouët, tourné en 1969, sorti en catimini en 1973, a été peu vu. Début 1974, Rozier met donc en chantier un nouveau projet, qu'il produit lui-même. La première partie de ces Naufragés se passe à Paris. Quand il filme en ville, qu'il esquisse quelques vignettes sur la vie de bureau (la relation de collègue de travail est toujours étonnamment présente chez lui) ou une aventure érotique accidentelle, Rozier se révèle un auteur de comédie irrésistible, et le génie loufoque de Pierre Richard monte d'un cran en liberté dans ces séquences qui se trouent soudain d'instants lunaires et de suspensions rêveuses. Puis le film s'embarque pour les tropiques, à la poursuite de l'utopie intimement roziérienne d'un tournage en vase clos, libéré de toute contrainte, s'offrant pour s'accomplir un temps illimité. En Guadeloupe et en Dominique, les naufragés tournent en rond, le film se défait et se met à ressembler à la métaphore de sa propre impasse. C'est un échec en salles, mais la poétique qui s'y joue, tout bien considéré, est intacte.

Nicolas Le Thierry d'Ennequin