Folies de femmes

mercredi 27 février 2019, 20h00

Salle Henri Langlois

20h00 21h55 (111 min)

Tarif B


Folies de femmes Foolish Wives
Erich von Stroheim
États-Unis / 1922 / 111 min / 35 mm / INT. FR.

Avec Erich von Stroheim, Maude George, Mae Busch.

« Face aux Français, aux Allemands et bientôt aux Russes, face aux élèves de Griffith : Stroheim, Folies de femmes. Jamais film ne fut plus révolutionnaire. Face à la conception de l'art muet par cadrages et plans successifs, un art qui consiste à marquer, à raccorder l'image dans le mouvement, à éviter toute rupture, à enchaîner les plans de telle sorte qu'ils glissent entre eux. Stroheim ouvrait la voie au cinéma contemporain. » (Henri Langlois)

Folies de femmes, c'est la troisième réalisation d'Erich von Stroheim, le début de sa légende et de ses ennuis avec Irving Thalberg, le directeur de production d'Universal ; une œuvre d'une longueur alors inconnue, raccourcie d'autorité, amputée, réduite à quelque deux heures au lieu des six ou dix imaginées. Au vu de ce qu'il reste et cent ans après leur avènement, le film et son personnage principal parviennent encore à impressionner. Un personnage qui a tout d'un stigmate, celui d'une guerre monstrueuse accouchant d'une monstrueuse après-guerre. Folies de femmes, précis de décomposition, équivaut en cinéma au réalisme expressionniste du peintre Otto Dix, et le comte Karamzin (Stroheim) au chef-d'œuvre d'une époque morbide. Fabuleuse création que ce « comte », créature satanique rêvant de régner sur un pandémonium aux dimensions de Monte-Carlo. Et bien sûr, Folies de femmes est resté célèbre pour un décor (et un budget) défrayant la chronique de son temps, au point qu'on jurerait un film à la Griffith s'il ne ressemblait à son envers, le mélo épique remplacé par sa satire. Stroheim va si loin dans la reconstitution de ce quartier de Monaco que son réalisme, poussé à un paroxysme, se retourne et dévoile le leurre. Comme la Côte d'Azur dans La Main au collet d'Hitchcock (1955), autre cinéaste du monumental, Monte-Carlo apparaît non dans sa réalité mais dans sa vérité, immense façade de studio, festival du trompe-l'œil, lieu du faux : faussaires, identités costumées et fardées, amabilités faisandées du théâtre social et simili romantisme, jusqu'aux larmes du comte quand il extorque à sa servante ses maigres économies dans une scène d'anthologie. Et derrière la façade, un monde de pulsions.

Bernard Benoliel