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vendredi 29 décembre 2017, 19h30

Salle Georges Franju

19h30 → 21h10 (96 min)

George A. Romero
Canada-France-États-Unis / 2000 / 96 min / 35mm / VOSTF

Avec Jason Flemyng, Peter Stormare, Leslie Hope, Nina Garbiras.

Un employé de bureau timoré, humilié par son épouse et son patron, se réveille un matin sans visage. Il décide de prendre sa revanche sur la société.

Cinéma Bis autour des Yeux sans visage

C'est à René Chateau que l'on doit l'existence des Prédateurs de la nuit, cette nouvelle variation autour des Yeux sans visage. Chateau, qui signe le scénario sous le pseudonyme transparent de Fred Castle, en avait confié, en 1987, la réalisation à Jess Franco, rencontré par l'intermédiaire de Brigitte Lahaie, sa petite amie de l'époque, sur le tournage de Dark Mission. Franco, on s'en souvient, avait déjà été l'auteur de multiples variations sur le même thème depuis L'Horrible Docteur Orlof en 1962. Le cinéaste espagnol, habitué des très petits budgets, se voit confier ici des moyens auxquels il n'est pas habitué. Il signe une œuvre qui transporte le récit d'origine dans le Paris clinquant des années 1980. Avec son casting international d'une richesse et d'une diversité un peu extravagante, son déferlement de scènes d'horreur gore dans sa dernière partie, le film semble saisir, presque par inadvertance, un certain air du temps, celui de la disparition de ce que l'on a appelé le cinéma bis, venu ici faire un dernier tour de piste sur les écrans de quelques salles d'exclusivité, vêtu d'habits de cérémonie déjà un peu démodés. Le sentiment mélancolique qu'inspire la vision des Prédateurs de la nuit est, on l'aura compris, tenace.

Avec Bruiser, George Romero réutilise, en 2000, un des motifs du film de Franju, celui du masque qui efface du visage tout trait humain pour présenter une face lisse, sans émotions et sans affect visible. Comme souvent dans les œuvres de l'auteur de La Nuit des morts vivants, le propos est politique. C'est le récit de vengeance d'un homme, un cadre humilié par son entourage familial et professionnel et décidé à se venger après avoir perdu toute trace d'humanité depuis le jour où il s'est réveillé avec un masque sur le visage. Fable kafkaïenne tout autant que film d'horreur accompli, Bruiser est le requiem de tous ceux qui ont choisi de vendre leur âme au diable, c'est-à-dire à la société moderne.

Jean-François Rauger