La Cinémathèque engage d’importants travaux de rénovation de ses salles de cinéma, comprenant notamment le remplacement de l’ensemble des fauteuils et des moquettes. Ce chantier d’envergure entraîne la fermeture de toutes les salles de projection du 13 juillet au 15 septembre 2026. Les autres activités, dont l'exposition Marilyn Monroe, restent ouvertes au public jusqu'au 26 juillet, date de la fermeture estivale.
Avec son visage juvénile aux boucles blondes, qui charme Hollywood aux débuts du muet, Mary Pickford, parfois coquette, comme dans le film éponyme de Sam Taylor (1929), interprète le plus souvent une enfant des rues. Ses personnages de vagabondes bravaches aux poings serrés, alors très en vogue, lui permettent le plus souvent d'incarner des jeunes filles indépendantes. Pourtant, la sauvageonne de Fanchon le criquet (d'après La Petite Fadette de George Sand), forcenée et brusque, vit dans une solitude profonde et dans la souffrance du rejet. L'action du film se déroule dans un cadre champêtre, qui convoque le mythe américain d'une nature fertile mais cruelle, tout à la fois sauvage, effrayante et fascinante. En 1915, Pickford tourne huit films, son salaire augmente considérablement, et elle prend peu à peu le contrôle de sa carrière. Elle travaille notamment avec James Kirkwood, qu'elle apprécie beaucoup, et avec son amie la scénariste Frances Marion. En lui offrant ce rôle taillé sur mesure, tous deux lui donnent aussi l'occasion de partager l'écran avec son frère Jack et sa sœur Lottie. Leur travail enthousiaste est à l'origine de la vocation d'acteur de Fred Astaire, qui, séjournant dans le même hôtel que l'équipe, assista fasciné au tournage de quelques séquences. Désormais en couleurs, Fanchon le criquet offre une somptueuse palette d'ambre, de bleu ou de rose qui s'accordent avec la magnifique lumière du chef opérateur Ed Wynard.
Juliette Armantier
« C'est entre 1914 et 1918 que Mary Pickford atteignit, sinon au sommet de son art, du moins à sa caractérisation définitive. C'est alors qu'elle prit véritablement sa valeur mythique. Pour un observateur superficiel, cette femme cherchant à donner l'illusion de l'enfance à force d'art, semble être un monstre sacré, prisonnière d'un tour de force et d'un succès, alors qu'elle est l'illustration la plus totale des mythes fondamentaux d'une civilisation. » (Henri Langlois)