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samedi 18 mars 2017, 19h00

Salle Henri Langlois

19h00 → 20h35 (93 min)
Copie à forte dominante rouge selon les scènes

Piranhas
Piranha
Joe Dante
Etats-Unis / 1978 / 93 min / 35mm / VOSTF

Avec Bradford Dillman, Heather Menzies, Kevin McCarthy.

Des piranhas génétiquement modifiés sont déversés par erreur dans une rivière américaine très fréquentée.

Dans l’énorme sillage de son succès, le requin mâle de Steven Spielberg est vite devenu femelle, soit la matrice de beaucoup de petits films, et très vite parmi ses plus notables rejetons cette ribambelle de poissons carnivores qui, eux-mêmes, auront une descendance (de Piranha 2 de James Cameron à Piranha 3D et même 3DD…).

Deuxième long métrage de fiction de Joe Dante produit par le boulimique Roger Corman, Piranhas ne se résume pourtant pas à un avatar des Dents de la mer. D’abord parce que le film se prépare à nourrir les siens, le piranha apparaissant rétrospectivement comme l’ancêtre quasi préhistorique du Gremlin dans sa version mouillée. De même, le surgissement dans le laboratoire du savant fou d’une bestiole hybride inconnue des zoologues (sauf de Ray Harryhausen), filmée en stop motion, annonce le croisement de prises de vues réelles et d’animation des Looney Tunes passent à l’action. Mais Piranhas, d’un appétit insatiable, se gave aussi d’autres références que de celle du seul Spielberg, aussi bien Orson Welles que Jacques Tourneur, Jack Arnold ou Mario Bava en passant par Les Oiseaux. Du plan du poisson dans la poêle en guise de déjeuner du héros à toutes les séquences où les piranhas passent à table en boulottant sans distinction hommes et femmes, grands et petits, c’est comme dans le film de Hitchcock tout un ordre « naturel » et la chaîne alimentaire habituelle qui s’inversent brutalement. Dans son déchaînement, le film procède à une autre inversion, toute darwinienne, qui ne relève pas cette fois du combat entre espèces différentes (lutte interspécifique) mais entre individus de la même espèce (lutte intra-spécifique) : le carnage final et la vision de ces corps de vacanciers gisant sur les bords du plan d’eau, morts, blessés, mutilés, font « sous-venir » sous ces images celles des expéditions punitives des soldats américains qui ensanglantèrent les rizières vietnamiennes – le film imagine ouvertement qu’à l’origine des militaires ont fait muter ces poissons mangeurs d’homme pour en faire des machines de guerre contre la guérilla. Piranhas, trois ans après la fin de ce conflit meurtrier, c’est un retour à l’envoyeur, et un retour qui vient de l’intérieur.

Bernard Benoliel