En utilisant ce site, vous acceptez que les cookies soient utilisés à des fins d'analyse et de pertinence     Oui, j'accepte  Non, je souhaite en savoir plus

vendredi 26 juin 2015, 19h00

Salle Henri Langlois

19h00 → 20h50 (110 min)

Europe 51
Europa '51
Roberto Rossellini
Italie / 1951 / 110 min / 35mm / VOSTF

Avec Ingrid Bergman, Alexander Knox, Ettore Giannini.

À la mort de son fils, une riche bourgeoise décide de consacrer sa vie aux déshérités.

Restauration 2K. Ressortie en salles par Tamasa.


Qu'est-ce que la mort d'un enfant, sinon le symptôme d'une société malade, qui fonce droit dans le mur ? Quatre ans après Allemagne année zéro, où le suicide d'un jeune garçon nous laissait au bord du gouffre, Roberto Rossellini, pour son second film avec Ingrid Bergman, sonde le même vertige avec une ambition renouvelée : établir un état des lieux critique de la civilisation occidentale, six ans après une Seconde Guerre mondiale qui semble ne rien avoir changé à ses réflexes inégalitaires. Cette détresse qu'Irène n'a pas voulu voir à temps chez son fils suicidé, est précisément celle, mais à une autre échelle, qu'elle retrouve dans les faubourgs misérables de Rome. Ici ou là, il s'agissait simplement d'ouvrir les yeux. Prenant le parti des déshérités (mères célibataires, prostituées, malades, assassins), Irène se défait de son être bourgeois cloisonné, pour atteindre par des voies laïques à une forme de grâce, inspirée par l'expérience mystique de Simone Weil. Comme dans Stromboli (1950), le cheminement de l'héroïne prend la forme d'un itinéraire moral, dont les étapes s'écrivent sur le visage chamboulé (filmé sans maquillage) de l'actrice. Mais le propos de Rossellini concerne également la réaction du bloc bourgeois (famille, clergé, médecine), qui, face à un tel don de soi, décrète la folie d'Irène, sentant bien qu'elle pointe quelque chose de son illégitimité. Cri de colère et bréviaire de rébellion sociale, Europe 51 est bien plus qu'un chef-d'œuvre : un phare dans la nuit.

Mathieu Macheret