La Cinémathèque engage d’importants travaux de rénovation de ses salles de cinéma, comprenant notamment le remplacement de l’ensemble des fauteuils et des moquettes. Ce chantier d’envergure entraîne la fermeture de toutes les salles de projection du 13 juillet au 15 septembre 2026. Les autres activités, dont l'exposition Marilyn Monroe, restent ouvertes au public jusqu'au 26 juillet, date de la fermeture estivale.
Messidor s'ouvre sur des vues aériennes des routes et du relief suisses, le pays réel qui constitue le sujet véritable, bien que transversal, de ce film magnifique, cofinancé par la Gaumont car récupéré d'un scénario en déshérence de Maurice Pialat, Meurtières, sur la dérive criminelle de deux jeunes femmes, tiré d'un fait divers, et que finirait par tourner en 2006 son ex-assistant Patrick Grandperret. Alain Tanner en réajuste le postulat sans le sillage des utopies issues de Mai 68 (sa balise politique de cinéaste), mais dix ans plus tard (trop tard ?) et pour en constater cette fois la distance, l'impasse, l'anachronisme définitif. Jeanne (Clémentine Amouroux), étudiante en histoire, et Marie (Catherine Retoré), petite vendeuse, se retrouvent à faire du stop dans les parages de Lausanne. Elles roulent, marchent en forêt ou à travers champs, dorment à la belle étoile, décident de continuer, d'abord avec, puis sans argent. L'errance guette, et avec elle la faim, la précarité, la marginalisation, la violence et le rejet. Leur traversée hasardeuse laisse apparaître un visage peu amène de la Suisse : un agrégat de petits propriétaires, de villageois farouches, de commerçants obtus, tous assis sur leur bien et rarement prêts à aider leur prochain. Le choix de la liberté devient, de fait, une radicalisation antisociale, une révolte non conscientisée. « Messidor » est ainsi le faux nom que les deux jeunes filles brandissent lors de contrôles d'identité : un mois du calendrier révolutionnaire, quand bien même toute révolution serait désormais impossible.
Mathieu Macheret