Plaisirs inconnus

samedi 29 novembre 2014, 19h00

Salle Henri Langlois

19h00 20h55 (113 min)

Plaisirs inconnus 任逍遙 [Ren xiao yao
Jia Zhangke
Chine-Japon-France-Corée / 2001 / 113 min / 35mm / VOSTF

Avec Zhao Tao, Zhao Weiwei, Wu Qiong.

Deux adolescents désœuvrés sillonnent à vélo les ruines post-industrielles de Datong. En conflit avec leurs petites amies, ils rencontrent une chanteuse prête à se prostituer, et décident de braquer une banque.

Après In Public, Jia Zhangke se fit le champion de la vidéo numérique, y voyant un outil de libération pour le cinéma indépendant chinois. Fasciné par les paysages post-industriels de Datong, ville minière au bord de la banqueroute, il se mit à écrire un scénario sur la détresse de ses habitants, et en particulier de ses jeunes, réduits au chômage, au sous-emploi ou aux combines à la petite semaine. Assisté d'une équipe légère, il tourna le film en 19 jours, en ayant largement recours à l'improvisation et en composant de longs plans-séquences, filmés caméra à l'épaule, qui capturent la tension entre l'arrière plan (le documentaire) et le premier plan (la fiction). On se souviendra, en particulier, de travellings sur des champs de ruines au milieu de la ville, d'où émergent deux faux oisifs (nos anti-héros, Bin Bin et Xiao Ji) et une chanteuse faussement cynique (Qiao Qiao). Bin Bin a une copine, mais les choses ne tournent pas rond entre eux ; Xiao Ji va s'amouracher de Qiao Qiao, plus mûre, plus cool, et les deux jeunes gens s'enferment dans une chambre d'hôtel. Xiao Ji joue les durs : « Fais-moi couler une douche. » N'est-ce pas plutôt qu'il ne sait pas comment marche le robinet d'une salle de bains moderne ? Elle, elle sait, mais elle en sait trop, elle n'est pas libre, il y a un type qui la maque vaguement, ça ne va pas marcher entre eux, ils le savent.
Alors que reste-t-il quand on n'a même pas vingt ans et déjà plus d'avenir ? Pourquoi ne pas tenter le tout, et faire comme à la télé, braquer une banque ? Au lieu de cela, Bin Bin se retrouve coincé dans un poste de police, avec un flic qui le force à chanter. « Ren Xiao Yao », le titre chinois du film, est cette rengaine un peu mièvre : Quels que soient mes regrets, quel que soit mon chagrin, Tant qu'il y a quelqu'un pour comprendre mon amour...


Né en1970 à Fenyang dans la province du Shanxi (lieu de tournage de nombre de ses films), Jia Zhangke entre dans le département « théorie du cinéma » de l'Institut du Cinéma de Pékin, où il réalise trois courts métrages ; l'un deux, Xiao Shan Going Home (1995) remporte un prix au festival de Hong Kong, et lui permet de rencontrer trois jeunes gens – le réalisateur/directeur de la photographie Yu Lik-wai, le producteur Li Kit Min, et le producteur/monteur Chow Keung – qui deviennent ses proches collaborateurs et avec qui il crée deux sociétés de production, pour assurer son indépendance et soutenir le travail de jeunes réalisateurs : Hu Tong Communications à Hong Kong et Xstream Pictures en Chine populaire. En 1997, son premier long métrage, tourné en 16mm, Xiao Wu, artisan pickpocket, est un succès international ; il fait jouer Xiao Wu par son ancien condisciple, Wang Hongwei (qui incarnait déjà Xiao Shan), qui en devient une icône et une personnalité du cinéma indépendant chinois. Il passe au 35mm avec son film suivant, Platform (2000) où il donne un rôle à une jeune danseuse, Zhao Tao, qui allait apparaître dans pratiquement tous ses films et finalement devenir sa femme. Il se lance dans le numérique avec In Public (2001), et Plaisirs Inconnus (2002). Son cinquième long métrage de fiction, Still Life (tourné en tandem avec le documentaire Dong sur le site du Barrage des Trois-Gorges) remporte le Lion d'or à Venise en 2006. 24 City (2008), Touch of Sin (2013) et Au-delà des montagnes (2015) ont tous eu leur première mondiale à Cannes.

Bérénice Reynaud