La Cinémathèque engage d’importants travaux de rénovation de ses salles de cinéma, comprenant notamment le remplacement de l’ensemble des fauteuils et des moquettes. Ce chantier d’envergure entraîne la fermeture de toutes les salles de projection du 13 juillet au 15 septembre 2026. Les autres activités, dont l'exposition Marilyn Monroe, restent ouvertes au public jusqu'au 26 juillet, date de la fermeture estivale.
Les années précédant Le Gardien de l'enfer ont été déceptives pour Kiyoshi Kurosawa. La réalisation de l'ambitieux film d'horreur Sweet Home (1989) entraîne un bras de fer juridique entre son producteur (Jūzō « Tampopo » Itami) et lui-même, mécontent de ne pas avoir gardé le contrôle du montage final. Perdant son procès, le jeune cinéaste en conservera une certaine amertume et mettra trois ans avant d'imaginer cette histoire de sumo tueur reprenant ses pulsions meurtrières après une reconversion en agent de sécurité. L'œuvre a été produite grâce à la Directors Company fondée dix ans plus tôt par, entre autres, Kazuhiko Hasegawa et Shinji Somai, deux réalisateurs importants dont Kurosawa fut l'assistant. L'objectif de cette société indépendante était de permettre aux réalisateurs de fuir les contraintes commerciales des grandes productions. La J-Horror n'existant pas encore, c'est dans le slasher américain que Kurosawa va venir puiser son inspiration. Si les effets spéciaux de Sweet Home se présentaient comme un tour de force technique, ce nouveau film va au contraire se montrer plus économe de ses moyens et effets. Pour la première fois, le cinéaste commence à trouver son style : un goût prononcé pour les plans verticaux, les travellings arrière et un grain d'image volontairement flou. Distribué de manière relativement discrète, Le Gardien de l'enfer se taille cependant une réputation au-delà des espérances de son auteur, grâce au bouche-à-oreille. Alors assistant réalisateur sur le tournage, le regretté Shinji Aoyama expliquera son succès par le fait « qu'il était le film japonais le plus sincère à sortir cette année-là ». Difficile de ne pas lui donner raison.
Clément Rauger