La Cinémathèque engage d’importants travaux de rénovation de ses salles de cinéma, comprenant notamment le remplacement de l’ensemble des fauteuils et des moquettes. Ce chantier d’envergure entraîne la fermeture de toutes les salles de projection du 13 juillet au 15 septembre 2026. Les autres activités, dont l'exposition Marilyn Monroe, restent ouvertes au public jusqu'au 26 juillet, date de la fermeture estivale.
Restauré par Universal Pictures, en collaboration avec la Film Fondation. Remerciements à Martin Scorsese et Steven Spielberg pour leurs conseils sur cette restauration.
Nouvelle adaptation d’Hemingway mais aussi remake actualisé des Tueurs, À bout portant avait été conçu pour la télévision, où travaillait le chef opérateur Richard L. Rawlings. Il en adopte le style sur-éclairé, qui donne à l’image une netteté coupante, où même les teintes chaudes sont finalement neutralisées dans un chromatisme métallique. Le générique, littéralement, annonce la couleur, avec ses images fixes, monochromes bleus ou rouges. Comme tous les grands films entérinant le vieillissement d’un genre, À bout portant oscille entre crudité naturaliste des actes et des motifs et fétichisation des figures (les poses et maniérismes des tueurs). Prenant systématiquement le contre-pied des options esthétiques de Siodmak, Don Siegel privilégie le prosaïsme de scènes diurnes où la violence s’affiche exacerbée (le ralenti subliminal du meurtre inaugural), où le Mal n’est plus figuré par les ténèbres mais par des cadrages obliques qui figurent le chaos d’une violence sèche, brutale ou gratuite. Quant aux lieux, ils deviennent quelconques voire ingrats, simples stock-shots de villes sans qualités, de circuits automobiles ou de routes poussiéreuses. Dans cette danse de mort, cette corrida menée comme l’enquête par les tueurs eux-mêmes, qui savent le temps compté, on meurt en pleine lumière. Et pourtant, comme dans Casablanca, les transparences affichées de la virée en bolide des amants disent, dans leur artifice même, l’authentique puissance de transfiguration d’un amour éphémère mais aussi hors du temps.
Serge Chauvin