Dialogue avec Nicolas Pariser

Dialogue avec Nicolas Pariser
Animé par Jean-François Rauger

Par quelque bout qu'on le prenne, Sorcerer (Le Convoi de la peur) est un film chargé de symboles négatifs comme peu le sont : à l'intérieur comme à l'extérieur du film, des signes presque aberrants et paradoxaux se bousculent. Remake baroque d'un film classique, échec terminal d'un des rois dominant le cinéma américain d'alors, débauche de moyens spectaculaires au service d'une pure pulsion de mort, incarnation extrémiste de la liberté auteuriste du Nouvel Hollywood... qui en marque précisément le brutal déclin : sorti une semaine après La Guerre des étoiles, qui l'éclipse aussitôt de façon humiliante, le film met en vedette le même acteur (qui ne sera jamais une star, Roy Scheider) que dans Les Dents de la mer, qui deux ans plus tôt inventait le blockbuster. Sorcerer est un film (auto)destructeur qui pousse tout trop loin, à l'image de son prologue narrativement monstrueux. Que le meilleur film de Friedkin soit aussi le moins taillé pour le succès est son paradoxe le plus troublant, vu la soif de grandeur de son auteur.


Nicolas Pariser est cinéaste. Il s'est fait connaitre avec ses courts métrage La République (2009) et Agit Pop (2013) et a réalisé les longs métrages : Le Grand jeu (2015), Alice et le maire (2019) et Le Parfum vert (2022). Il a également réalisé des épisodes de la série télévisée En Thérapie.

Jean-François Rauger est directeur de la programmation à la Cinémathèque française.