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L'Impasse aux violences renvoie à une célèbre affaire criminelle qui défraya la chronique à Edimbourg entre 1827 et 1828. Deux émigrés d’origine irlandaise, William Burke et William Hare, commirent un certain nombre d’assassinats afin de vendre des cadavres frais à un médecin, le docteur Knox, qui enseignait la médecine à l’hôpital. Une histoire sordide qui s’acheva par la pendaison de Burke, dénoncé par son complice. Robert Louis Stevenson en fit le sujet d’une de ses nouvelles, Le Voleur de cadavres en 1884. La culture populaire s’est bien sûr emparée de cet extraordinaire fait divers, et en particulier le cinéma. En 1945, Le Récupérateur de cadavres de Robert Wise, produit par Val Lewton, se présentait comme une adaptation du livre de Stevenson. C’est sans doute à John Gilling que l’on doit la meilleure transposition de ces évènements avec son Impasse aux violences (1960). L’heure est à la production massive de films d’horreur gothique, inspirés par toute une littérature du XIXe siècle après les succès des titres produits par la maison Hammer. Gilling lui-même travaillera pour la célèbre firme en y signant, plus tard, quelques chefs-d’œuvre comme L’Invasion des morts-vivants ou bien La Femme reptile. L’Impasse aux violences est produit par Robert Baker et Monty Berman, réalisateurs, l’année précédente, d’une autre variation sur une célèbre affaire, Jack L’éventreur. L’horreur, dans les films produits par le duo, est particulièrement malsaine, tout comme leur vision du Royaume-Uni au XIXe siècle infernale et glauque. La face sombre de la Révolution industrielle. Dans un noir et blanc aux contrastes violents, se déployant sur l’écran large, les meurtres commis par les deux compères, respectivement incarnés par George Rose et Donald Pleasance (extraordinaire), témoignent d‘une sauvagerie peu atteinte dans le cinéma de l’époque. Peter Cushing, absolument génial avec son visage défiguré par les séquelles de la variole, rejoint la figure du Baron Frankenstein, mais ici comme un savant à la fois inconscient et aussi susceptible de rejeter toute morale au profit d’un progrès de l’humanité. John Gilling avait déjà écrit le scénario d’un film abordant l’affaire Burke et Hare en 1948, The Greed of William Hart.
Jean-François Rauger