La Cinémathèque engage d’importants travaux de rénovation de ses salles de cinéma, comprenant notamment le remplacement de l’ensemble des fauteuils et des moquettes. Ce chantier d’envergure entraîne la fermeture de toutes les salles de projection du 13 juillet au 15 septembre 2026. Les autres activités, dont l'exposition Marilyn Monroe, restent ouvertes au public jusqu'au 26 juillet, date de la fermeture estivale.
Cultivant les archétypes du giallo façon Bava, une enquête dans le milieu de la mode milanaise, où sévit un mystérieux tueur en série. La musique signée Pino Donaggio, compositeur attitré de Brian De Palma, sert pleinement ce thriller sensuel, estampillé années 80.
Où est passé Jessica ? sera réalisé en 1985, vingt ans après le film de Mario bava. Au départ, il y avait le projet d'une adaptation d'un roman de Marco Parma dont les droits avaient été acquis par Achille Manzotti, producteur notamment de Luigi Comencini et de Marco Ferreri, qui destinait le film à Michelangelo Antonioni. Après le refus de celui-ci, c'est à Carlo Vanzina que revint de réaliser un scénario qu'il transformera profondément avec l'aide de son frère Carlo et de Franco Ferrini, fidèle scénariste de Dario Argento. Les grands succès du thriller italien, tel que les films de Dario Argento, justement, en avaient défini les contours, sont loin. Ce que l'on a appelé le giallo se transfigure dans l'esthétique clinquante et désabusée des années 1980, du disco (on entend Gloria Gaynor et Murray Head) et des défilés Armani et Moschino. Un homme recherche, dans les milieux de la mode à Milan, sa sœur jumelle, mannequin porté disparu et avec qui il entretient une relation télépathique. Rien sous les vêtements – traduction du titre original (Sotto il vestito niente) de Où est passé Jessica ? doit ici être entendu au sens littéral promettant au spectateur le spectacle de la nudité des personnages féminins mais aussi symbolique. La mode est décrite, en effet, comme le monde spectral des apparences, cachant un vide abyssal, celui de la frivolité et de la futilité, de l'absence de sens. On peut y voir comme une métaphore de la décomposition inéluctable du cinéma italien. La musique de Pino Donaggio renvoie au travail que le musicien avait effectué pour Brian De Palma, notamment avec son Body double, auquel le film emprunte plusieurs trouvailles, rappelant la capacité du cinéma transalpin à s'emparer opportunément de formes existantes. Mais ces formes, en l'occurrence, n'avaient-elles pas, elles-mêmes, été imprégnées des inventions révolutionnaires d'un Mario Bava ou d'un Dario Argento ? Le film fut boycotté par les dirigeants des grandes marques de la mode italienne qui refusèrent d'y collaborer et d'aller à l'avant-première mais obtint un tel succès en salles qu'une suite fut mise en chantier.
Jean-François Rauger