Les Deux Visages du docteur Jekyll

Les Deux Visages du docteur Jekyll The Two Faces of Doctor Jekyll

Terence Fisher
Grande-Bretagne / 1959 / 88 min
D'après le roman The Strange Case of Dr. Jekyll and Mr. Hyde de Robert Louis Stevenson.

Avec Paul Massie, Dawn Addams, Christopher Lee.

Chez Terence Fisher, le fantastique gothique se charge d'érotisme et de cruauté. Les Deux Visages du docteur Jekyll renverse le mythe de Stevenson en faisant de Hyde un séducteur élégant et corrupteur, au milieu des cabarets enfumés et des maisons closes victoriennes de la Hammer.


Dans le cadre de la soirée Bis Terence Fisher

Terence Fisher forever

Retour aux fondamentaux et à un cinéaste majeur. Terence Fisher a laissé une œuvre passionnante qui a débordé largement les limites du genre auquel on l'attachait. Comment comprendre aujourd'hui, en effet, une filmographie marquée par un anglicanisme iconoclaste et un rapport paradoxal à l'imaginaire. Deux chefs d'œuvre donc comme piqure de rappel ou manière d'entrée dans un monde parfaitement unique dans l'histoire du cinéma. Résurrectionniste des mythes issus de la littérature d'un XIXe siècle traversé de contradictions irrésolues, Fisher, après ses Frankenstein et son Dracula, s'est attaqué au roman de Robert Louis Stevenson, L'Etrange cas du docteur Jekyll. Réflexion sur la dualité humaine, sur la lutte entre le ça et le surmoi, entre la raison et les pulsions, The Two faces of Doctor Jekyll, réalisé en 1959, inverse les termes de l'ouvrage de Stevenson en faisait de Jekyll un bourgeois terne et physiquement ingrat et de Hyde un beau jeune homme, sorte de surhomme se situant au-dessus de la morale sociale. Plutôt que d'un film de terreur, il s'agit d'un drame pervers en costumes, la peinture d'un triangle passionnel et sexuel où le personnage incarné par Christopher Lee, sorte de jouisseur sans morale est dépassé sur son propre terrain par le luciférien Hyde. Dès les premières images, où l'on voit Jekyll désigner des enfants jouant dans son jardin comme de «  stupides petits animaux  » se dessine une certaine vision hobbesienne de la société, une vision qui marque en profondeur l'œuvre de l'auteur du Cauchemar de Dracula.

En 1969, dix ans plus tard, Le Retour de Frankenstein sera le quatrième titre réalisé par Fisher et consacré au personnage inventé par Mary Shelley. Là aussi le thème horrifique et prométhéen du mythe est parasité par un substrat mélodramatique profond. En greffant le cerveau d'un savant atteint de maladie mentale sur un autre homme, le baron Frankenstein ouvre la voie à une intrigue purement mélodramatique, l'histoire d'un amour désormais impossible entre celui qui est devenu une création méconnaissable du scientifique et sa propre épouse. Mais si le film constitue l'un des plus bouleversants réalisé par Fisher, c'est également celui où le célèbre savant se révèle être l'être le plus cruel et le plus indifférent aux conséquences matérielles de ses actions. Uniquement guidé par ses pulsions tout autant que par la réalisation de son utopie, Frankenstein tue et viole avec une inconscience inédite. Une nouvelle étape de l'œuvre de Fisher vers une sorte de noirceur désespérée. Quoi de neuf ? Terence Fisher. À quand une nouvelle rétrospective à la Cinémathèque ?

Jean-François Rauger


Générique

Réalisateur : Terence Fisher
Assistant réalisateur : John Peverall
Scénariste : Wolf Mankowitz
Auteur de l'oeuvre originale : Robert Louis Stevenson d'après le roman "The Strange Case of Dr. Jekyll and Mr. Hyde"
Société de production : Hammer Film Productions
Producteur : Michael Carreras
Producteur associé : Anthony Nelson-Keys
Directeur de production : Clifford Parkes
Distributeur d'origine : Columbia Pictures
Directeur de la photographie : Jack Asher
Cadreur : Len Harris
Ingénieur du son : Jock May
Compositeurs de la musique originale : David Heneker, Monty Norman
Chorégraphe : Julie Mendez
Directeur artistique : Don Mingaye
Décorateur : Bernard Robinson
Costumiers : Antoine Mayo, Molly Arbuthnot
Maquilleur : Roy Ashton
Coiffeur : Ivy Emmerton
Monteurs : James Needs, Eric Boyd-Perkins
Script : Tilly Day
Directeur de casting : Dorothy Holloway
Photographe de plateau : Tom Edwards
Interprètes : Paul Massie (le docteur Henry Jekyll/Monsieur Edward Hyde), Dawn Addams (Kitty Jekyll), Christopher Lee (Paul Allen), David Kossoff (Ernest Litauer), Francis De Wolff (l'inspecteur de police), Norma Marla (Maria), Joy Webster (une fille du Sphinx), Magda Miller (une fille du Sphinx), Bandana Das Gupta (une fille du Sphinx), Pauline Dukes (une fille du Sphinx), Hazel Graeme (une fille du Sphinx), Carole Haynes (une fille du Sphinx), Doreen Ismail (une fille du Sphinx), Josephine Jay (une fille du Sphinx), Jean Long (une fille du Sphinx), Marilyn Ridge (une fille du Sphinx), Gundel Sargent (une fille du Sphinx), Patricia Sayers (une fille du Sphinx), Shirli Scott-James (une fille du Sphinx), Moyna Sharwin (une fille du Sphinx), William Kendall (l'homme du club), Helen Goss (Nannie), Pauline Shepherd (Mary, la jeune prostituée), Percy Cartwright (le coroner), Joe Robinson (Corinthian), Arthur Lovegrove (un cocher), Oliver Reed (un videur au club), Janina Faye (Jane), Doug Robinson (le boxeur), Joan Tyrrell (le major Domo), Maria Antippas (la gitane), Archie Baker (un chanteur), Ralph Broadbent (un chanteur), Alex Miller (un chanteur), Laurence Richardson (un chanteur), Glen Beck (du sang neuf), Alan Browning (du sang neuf), Rodney Burke (du sang neuf), Clifford Earl (du sang neuf), John Bonney (Renfrew), Dennis Cleary (un serveur), Roy Denton (un homme d'affaires), Kenneth Firth (un homme d'affaires), George McGrath (un homme d'affaires), Mackenzie Ward (un homme d'affaires), Felix Felton (le premier joueur), Walter Gotell (le second joueur), Anthony Jacobs (le troisième joueur), Lucy Griffiths (une femme à la taverne), Prudence Hyman (une femme à la taverne), John Moore (un officier), John Trevor-Davis (un officier), Anthony Pendrell (un ministre), Fred Stone (un ministre), Denis Shaw (un client de la taverne), Joyce Wren (l'infirmière), Frank Atkinson, Donald Tandy, Roberta Kirkwood