Solidarité canicule
La Cinémathèque française ouvre gratuitement les portes de son Musée Méliès au public jusqu'au dimanche 28 juin inclus. Venez profiter de la fraîcheur du Musée Méliès et voyager à travers l’histoire du cinéma, de midi à 19h.
Exposition du 9 avril 2014 au 10 juin 2014
Henri Langlois fut un personnage savant et dénué d’esprit de sérieux, intempestif et opiniâtre, à l’instar des autres figures géniales du XXe siècle qui mêlèrent l’extravagance de leurs projets à celle de leur comportement. Pittoresque pédagogue, poète d’un art qui n’en finissait pas de douter qu’il en soit un, Henri Langlois offre à la jeune cinéphilie d’aujourd’hui l’occasion d’un éloge du goût comme posture éthique, face aux tendances cyniques et uniformisantes de l’idéologie consumériste. Dès les années trente, Langlois fut un voyant, lançant le cinéma à la conquête des autres arts. Il prit conscience de la disparition du cinéma muet et de l’importance que le cinéma avait déjà pour les artistes majeurs du siècle. La Cinémathèque française fut son œuvre et cette institution impulsa la création des cinémathèques du monde entier. Henri Matisse, Max Ernst, Miró, Picabia, Léger, Magritte, Beuys et Andy Warhol, parmi tant d’autres, y trouvèrent les solutions pour réaliser leur passion de figurer le mouvement. Langlois inventa ainsi le musée où les artistes ne viennent plus copier les maîtres mais découvrir ce dont personne n’avait eu autant la preuve avant le cinéma : le monde n’est que mouvements, vitesses et rythmes. Simultanément, il permit de découvrir l’influence que les cinéastes avaient reçue des arts visuels du passé. Jean Renoir, Eisenstein, Charlie Chaplin, Fritz Lang, Hitchcock, Godard, eux, copièrent les maîtres ! Le goût d’Henri Langlois pour un cinéma non « aliéné » à la narration, lui fit défendre les grands cinéastes-peintres : Ruttmann, Fischinger, Len Lye, Man Ray, Léger, Richter… puis Kenneth Anger, Paul Sharits, les recherches françaises des années soixante de Martial Raysse à Philippe Garrel, la factory d’Andy Warhol…
L’exposition et la programmation consacrées à Henri Langlois observent un principe qui tire sa référence dans le cinéma classique : L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford. C’est la légende que cet anniversaire prétend servir, au-delà des polémiques que la personnalité et la gestion de son institution suscitèrent. Pour Langlois, la programmation a été une véritable écriture du montage. Il ne justifia jamais ses rapprochements de films. La programmation relevait pour lui de l’association d’idées et il ne craignait pas de « laisser venir les films à l’esprit » selon les principes de l’écriture automatique surréaliste. Brutaliser ainsi les films, enflammer leur signification, les détourner des intentions de leur auteur. Langlois jetait sur le papier des listes de films destinés à être projetés : perceptions instantanées, clins d’œil fulgurants, constellations de films qui se forment comme des nuées qui engendrent une poétique et font se « cabrer les conflits intérieurs » des films (Eisenstein). De ces programmations naquirent sans doute plusieurs décennies plus tard les Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard. Car la Cinémathèque française fut en effet un phalanstère pour une génération de cinéastes. Langlois fut leur Fourrier… Truffaut, Godard, Chabrol, Rivette, Rohmer y vinrent comme les peintres modernes vinrent au Louvre. C’est grâce à Langlois que Rohmer admira peut-être Quai des Brumes pour des raisons « debussystes » (le récit de Carné-Prévert est au fond très proche de Pelléas et Mélisande), que Rivette prit la leçon des Serials de Feuillade, que Demy se délecta de l’énergie chantée de Danielle Darrieux et que Truffaut réévalua le Gance des années trente et trouva dans Paradis perdu le scénario de sa future Chambre verte. Langlois « donna la lumière », selon le mot de Godard.
L’exposition consacrée à ce personnage hors du commun illustre cette aventure qui, au-delà de la conservation des films, intégra ceux-ci à une vision élargie de la création artistique. L’homme présente plusieurs facettes, étapes du parcours de l’exposition qui confrontent l’art du cinéma et les autres arts :
L’exposition montre, par des extraits de films, les rapprochements audacieux et sidérants que Langlois faisait pour exposer le cinéma tel l’accrochage de tableaux dans les musées d’art.
L’apparition de talents nouveaux et tout ce qui pouvait être produit par la jeunesse, le passionnèrent. Les cinéastes de la Nouvelle Vague le considérèrent comme un de leurs pères. Son goût pour un cinéma non aliéné « à la narration » lui fit défendre les grands artistes expérimentateurs.
Parmi les artistes : Matisse, Chagall, Picasso ou Léger constituèrent ses admirations et ses amis. Un choix d’œuvres de ces artistes est confronté aux goûts cinéphiliques. Ces relations que le cinéma noua avec les autres arts, conduisirent Langlois à filmer certains artistes essentiels de son siècle.
Ne se contentant pas d’un musée imaginaire et impatient d’inscrire décisivement le cinéma comme un art parmi les arts, il conçut plusieurs projets de musée réel du cinéma à travers le monde.
Dominique Païni
Centenaire Henri Langlois - Comité d'Honneur
Un Comité d'honneur composé de cinéastes et d'artistes français et étrangers a été constitué sous le Haut Patronage de François Hollande, Président de la République.
Par cet engagement symbolique, les membres du Comité témoignent d'un lien virtuel ou réel avec Henri Langlois.
Comité d'honneur pour le Centenaire Henri Langlois (1914-2014)
Sous le Haut Patronage de
Monsieur François Hollande
Président de la République.
Pierre Alechinsky, Woody Allen, Pedro Almodóvar, Fanny Ardant, Olivier Assayas, Alexandre Astruc, Nathalie Baye, Pierre Bergé, Bernardo Bertolucci, Leos Carax, Claudia Cardinale, Souleymane Cissé, Francis Ford Coppola, David Cronenberg, Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne, Alain Delon, Catherine Deneuve, Claire Denis, Arnaud Desplechin, Carlos Diegues, Milos Forman, Stephen Frears, William Friedkin, Philippe Garrel, Costa-Gavras, Amos Gitai, Jean-Luc Godard, Werner Herzog, Hou Hsiao-hsien, Isabelle Huppert, Benoit Jacquot, Wong Kar-Wai, Kiyoshi Kurosawa, Hugues Langlois, Jean-Louis Langlois, Claude Lanzmann, David Lynch, Michael Mann, Jeanne Moreau, Bulle Ogier, Manœl de Oliveira (✝), Michel Piccoli, Roman Polanski, Jean-Paul Rappeneau, Alain Resnais (✝), Francesco Rosi (✝), Isabella Rossellini, Volker Schlöndorff, Barbet Schrœder, Ettore Scola, Martin Scorsese, Jérôme et Sophie Seydoux, Nicolas Seydoux, Jerzy Skolimowski, Alexander Sokourov, Steven Spielberg, Jean Charles Tacchella, Alain Tanner, Bertrand Tavernier, Agnès Varda, Apichatpong Weerasethakul, Wim Wenders.
Henri Langlois vu par...
L'influence du fondateur de la Cinémathèque française par Coppola, Wenders, Kyisohi Kurosawa, Friedkin, Costa-Gavras, Frears, Bertolucci, Varda, Polanski...
Le Catalogue de l'exposition
Le Musée imaginaire d'Henri Langlois
Sous la direction éditoriale de Dominique Païni.
Une coédition Flammarion / La Cinémathèque française
Ce livre s'attache à faire comprendre le personnage qui a vécu, à sa façon, une vie de bohème, grâce aux témoignages inédits de ceux qui l'ont connu, mais aussi le penseur instigateur des cinémathèques du monde entier. Avec des essais sur le fondateur de La Cinémathèque française et les témoignages inédits de Pierre Alechinsky, Isabella Rossellini, Kenneth Anger, Benoît Jacquot, Henry Chapier, Georges Kiejman, Luc Moullet, Alain Fleischer...
240 pages dont un album illustré de 32 pages sur les grandes dates de la vie de Langlois
250 illustrations : photos, dessins, archives et les œuvres d'art de Duchamp, Vasarely, Beuys, Matisse, Fernand Léger, Villeglé, Cartier Bresson, César...
240 pages / Prix : 45€
Album "Mais qui est ce monsieur Langlois ?"
Ce ruban chronologique vous invite à suivre la trajectoire d'Henri Langlois, au fil des migrations de l'homme et de sa Cinémathèque. Vendu séparément et en exclusivité à La Cinémathèque française.
32 pages / Prix : 9€90
Henri Langlois - Ecrits de cinéma
Une édition définitive des écrits d'Henri Langlois : les carnets de jeunesse inédits complètent la réédition d'articles et critiques devenus introuvables. Notes et photos accompagnent cette édition préparée par Bernard Eisenschitz et Bernard Benoliel.
Prix du livre d'histoire du cinéma du Festival International du Film d'Histoire de Pessac, le 23 novembre 2014.
Une coédition Flammarion / La Cinémathèque française.
868 pages / Prix : 32 €
Magazine
Archives Françaises du Film, Arkeion Films, Fleur Buckley, Carlotta Films, Centre Pompidou, Cinematek de Belgique, Cineteca del Comune di Bologna, Balthazar Clémenti, Comité du Film Ethnographique, Gérard Courant, Diaphana Distribution, Documents Cinématographiques, Eye Film Institute Netherlands, Films sans Frontières, Forum des Images, Philippe Garrel, Gaumont, Gaumont Pathé Archives, La Cinémathèque de Toulouse, Les Films du Jeudi, Les Films du Losange, Les Films du Paradoxe, Les Films Elémentaires, Les Films sans Frontières, Marie Jager, Light Cone, Marceline Loridan-Ivens, Mannus Franken Foundation, Paramount Pictures France, Jacques Richard, Frédéric Savioz, Solaris Distribution, Tamasa Distribution, Théâtre du Temple, Walt Disney Company, Wild Side Films.
Avec le soutien de
Grands Mécènes de la Cinémathèque française
Mécènes de l'exposition
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