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Le cinéma de Shanghai des années trente et quarante

Shanghai est la ville mythique du cinéma chinois, car elle a été le théâtre de tous les événements-clés liés à son histoire. Le premier court métrage, Un couple difficile (1913) ainsi que le premier véritable long métrage de fiction chinois, L’Orphelin sauve son grand-père (1923), furent tournés à Shanghai. L’enregistrement du son sur la pellicule y fut également réalisé pour la première fois, et c’est toujours à Shanghai que le cinéma en couleur et l’écran panoramique virent le jour. Shanghai et le cinéma : un binôme indissociable qui dure depuis le début du XXème siècle. C’est dans cette ville au double visage, centre de la vie politique et intellectuelle et lieu de rêve pour tous les Occidentaux en quête d’affaires colossales et d’émotions fortes, que le cinéma a trouvé sa place idéale, place qui s’est consolidée dans les années trente. C’est l’époque magique où Shanghai a rencontré le cinéma ou plutôt l’époque où le cinéma a rencontré Shanghai et n’a plus su se passer d’elle.

Le septième art en Chine prit donc son essor à cette période, profitant d’un intérêt tout à la fois intellectuel et politique pour ce nouveau média. Jusque-là les compagnies cinématographiques (175 dans toute la Chine dont 141 dans la seule ville de Shanghai!) produisaient essentiellement des films d’évasion inspirés de romans ou de pièces de théâtre du répertoire traditionnel. Mais les événements tragiques de la fin des années vingt ont tout bouleversé en faisant du cinéma le reflet de l’Histoire. Témoins d’une société sous la coupe de l’envahisseur japonais et au bord de la guerre civile entre les nationalistes du Guomindang d’un côté, et les communistes de l’autre, les cinéastes des années trente œuvrent dans le réalisme en revenant au social et en exaltant le sentiment de résistance nationale face au péril extérieur. Commence alors une époque féconde sur le plan artistique, un cinéma réaliste riche en thèmes et en styles qui durera jusqu’aux années quarante, avant que le dirigisme maoïste ne s’impose.

En 2003/2004, la Cinémathèque française nous a déjà fait découvrir quelques chefs d’œuvre de cette production ; cette année, dans le cadre de la troisième édition du festival du Cinéma chinois de Paris, elle nous montre d’autres films inconnus du grand public tout en nous proposant aussi quelques classiques incontournables, tel Les Anges du boulevard (1937) de Yuan Muzhi. Ce mélo social pessimiste, qui annonce avec près de dix ans d’avance le néo-réalisme italien, plonge dans la réalité misérable de la ville de Shanghai à la veille de l’invasion japonaise. Le film a souvent été comparé à L’Heure suprême/Seventh Heaven (1927) de Frank Borzage qui avait eu beaucoup de succès lors de sa sortie à Shanghai en 1928. Mais le cinéaste, en adaptant le sujet à la réalité chinoise et grâce à une utilisation très personnelle du flash-back, transposée des principes esthétiques de la peinture chinoise traditionnelle, a su faire de ce film une œuvre tout à fait originale. L’enthousiasme juvénile de ses deux acteurs principaux, Zhao Dan (le « Gérard Philipe » chinois) et Zhou Xuan, qui n’a alors que 17 ans, vont contribuer à la réussite de l’œuvre. Nous retrouvons Zhao Dan dans Amour lointain (1947) et Trois destinées (1949), deux films signés Chen Liting, grand théoricien du théâtre et du cinéma chinois, passé à la réalisation en 1946. La femme, son émancipation (Amour lointain) et son courage (Trois destinées) occupent une place importante dans l’œuvre de Chen Liting. Nous aurons ainsi l’occasion (rare !) d’admirer le talent de Qin Yi, superbe actrice du cinéma de l’ère pré-Mao et condamnée par Jiang Qing à l’époque de la Révolution culturelle comme l’une des plus « infâmes ».

Autre point fort de la rétrospective, les films de Cai Chusheng, auteur en 1934 du Chant des pêcheurs qui eut un succès sans précédent à Shanghai où il tint l’affiche pendant 84 jours d’affilée ! Un rêve rose (1932), inédit, est son premier film, une histoire d’amour mélancolique, interprétée, entre autres, par le réalisateur Zhang Junli, ici dans un rôle presque insolite d’acteur. Les deux artistes travailleront ensemble quelques années plus tard sur le film événement Les Larmes du Yangzi (1947) aussi bien pour la mise en scène que pour l’écriture du scénario. Après le cauchemar de l’occupation, ce film dénonçait l’amère désillusion de l’après-guerre. Malgré les quelques inévitables clichés (sur les exactions japonaises, par exemple), le public sut apprécier l’esprit dénonciateur du film et en fit un succès sans précédent : plus de 700.000 spectateurs en trois mois !

Un pessimisme plus noir que par le passé et une maîtrise accrue des techniques cinématographiques, caractérisent les films de la fin des années quarante : Fragilité, ton nom est femme (1948), dont l’utilisation de la lumière marquera le style des films à venir ; San Mao, le petit vagabond (1949) et Corbeaux et moineaux (1949), qui dégagent un lyrisme sans égal. La production réaliste des studios de Shanghai des années trente et quarante restera comme la pierre angulaire de l’histoire du cinéma chinois. Tiraillés entre le retour aux sources et la recherche d’une modernité nécessaire, les cinéastes de cette époque, tels les grands peintres chinois de l’antiquité, ont su « capturer les images et créer le miracle » ; leurs films ont contribué à la reconquête d’une dignité nationale qui semblait perdue à jamais. C’est le plus bel hommage qu’une production cinématographique puisse faire à son propre pays. Autant qu’on puisse en juger, il semblerait que la Chine ne l’ait pas oublié…

Luisa Prudentino

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