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Les nombreuses vies du cinéma vietnamien

Née plusieurs fois et hantée par les guerres successives qui ont bouleversé le pays au XXe siècle, la cinématographie vietnamienne est restée longtemps discrète, voire inconnue des cinéphiles occidentaux, trop souvent cantonnée à une diffusion locale et dans quelques pays limitrophes. Le cinéma vietnamien existe pourtant, peuplé de ses obsessions, d’auteurs et de visages importants, de récurrences et de diversités de genres. Ce voyage non exhaustif à l’intérieur du cinéma vietnamien, programmé à la Cinémathèque à l’occasion de l’Année France-Vietnam, est l’occasion de découvrir des films rarement montrés et de tracer en trente séances quelques lignes de force.

Si l’on excepte l’adaptation théâtrale et cinématographique du chef-d’œuvre de la littérature vietnamienne, le Kim Vân Kiều, en 1924, le Vietnam connaît son premier film parlant, Le Cimetière hanté, en 1937 – aujourd’hui disparu. Après la proclamation de l’indépendance en 1945, puis durant les guerres coloniales successives, incluant les accords de Genève signés en 1954, la partition du pays en deux régimes politiques opposés, plusieurs films de fictions ou documentaires ont été produits au Nord comme au Sud du pays. Des studios cinématographiques ont été créés (1956), et même une école de cinéma à Hanoï (1959). Mais c’est véritablement en 1975, après la fin des combats, et après la réunification du pays, que commence l’aventure du cinéma vietnamien. Un important studio d’État est créé, avec pour fonction de produire des films montrant la réalité sociale. Cette réalité immédiate, concrète, évidente, est profondément marquée par le traumatisme de la guerre, son absurdité, ses séquelles, la reconstruction à venir. Un cinéma poétique et assez silencieux, parfois manichéen, comme l’incarne Terre abandonnée (1979) de Nguyên Hông Sên, qui filme la traque de familles vietcong par des hélicoptères américains. Un face à face vertical opposant la quiétude des marais où vivent les villageois, à la brutalité des pilotes prêts à tout. D’autres films de cette époque, répondant à cette esthétique du réalisme socialiste (plusieurs cinéastes vietnamiens ont été formés dans des écoles de cinéma soviétiques) sont adaptés d’œuvres littéraires : Lumière éteinte (1981) de Pham Van Koa, adapté d’un roman publié et situé dans les années trente, fait exploser la cellule familiale : la mère de famille veut vendre sa fille pour sauver son mari malade. Le télescopage du passé raconté avec le présent de l’après-guerre du tournage, permet au cinéaste un regard un peu plus critique, du moins un recul sur son époque. Plus tard, la sortie de Quand viendra le dixième mois (1984) marque un tournant à tous points de vue. Centré une fois de plus autour d’un personnage féminin fort, une jeune veuve qui fait croire à son entourage que son mari est toujours vivant alors qu’il est mort à la guerre, le film, d’un très beau noir et blanc contrasté, marque par sa sobriété intimiste et révèle son auteur, Dang Nhat Minh, qui connaîtra la censure avec ce film, avant de devenir l’un des réalisateurs vietnamiens reconnus dans son pays comme à l’étranger (Quand viendra… sera le premier film vietnamien à être projeté ensuite sur des écrans occidentaux). Lui succèderont plusieurs grands classiques, tels que Nostalgie de la campagne (1995), regard attentionné sur la société paysanne vietnamienne, et La Saison des goyaves (1999- 2000) décrivant une société contemporaine en mutation.

Les films du renouveau

Ces films de Dang Nhat Minh en rejoignent d’autres dans l’histoire du cinéma vietnamien, réalisés juste après l’adoption d’une nouvelle orientation politique par le Parti communiste vietnamien, le dôi moi (renouveau) fin 1986. Des films animés par l’obsession de la reconstruction d’un pays, d’une société marquée par des conflits, et recouvrant des formes très diverses, du road movie fébrile à la nostalgie créative (Retour à Van Ly,1996) de Lē Hoang, racontant l’itinéraire, bien des années après la guerre, d’un ancien soldat venu rendre un dernier hommage à son ami mort au combat en rapportant ses os à sa mère), du huis-clos intimiste et douloureux (Vies de sable, 1999, de Nguyen Than Vān) ou encore du conte mélancolique (Il fut un temps, 2002) de la grande cinéaste Viēt Linh qui signa aussi L’Immeuble en 1999. Parallèlement, plusieurs cinéastes viet kieu (vietnamiens installés en France et à l’étranger) commencent à faire des films. Deux des plus célèbres étant Tran Anh Hung (L’Odeur de la papaye verte, Cyclo, etc.) et Lâm Lê (Poussières d’empire, 1983 ; Công Binh, 2011, etc.), revisitant à leur manière singulière des thèmes intimistes (le sacrifice, la famille) pour le premier, historiques, colonialistes pour le second. On peut citer également Nghiem-Minh Nguyen-Vō, ancien physicien installé aux États-Unis, passé tardivement à la mise en scène, et dont le très beau Gardien de buffles, film initiatique autant que réflexion sur la mémoire, est sorti en salle en 2005.

Une nouvelle génération

Si le cinéma vietnamien tarde encore à percer sur le plan international, il poursuit néanmoins sa mutation entre grosses productions commerciales inventant de nouvelles idoles locales (Johnny Tri Nguyen, dans le film d’arts martiaux Le Rebelle de Charlie Nguyen) et l’apparition de cinéastes prometteurs comme Bui Thac Chuyen (Vertiges, 2009), Phan Dang Di (Bi, n’aie pas peur, 2010), Hoang Diep Nguyen (dont le premier long métrage est très attendu), de jeunes cinéastes réalisant des films intimistes s’émancipant de la morale traditionnelle, diffusant leurs films (coproduits par la France) dans de grands festivals internationaux. À signaler enfin le travail engagé depuis dix ans par l’atelier Varan-Vietnam, qui a révélé de nombreux films et réalisateurs, dont la jeune cinéaste Trān Phuong Thao dont les films libres et forts (Rêves d’ouvrières, Avec ou sans moi, coréalisé par Swann Dubus) mettent à jour la complexité de la société vietnamienne contemporaine. Cette rétrospective s’est construite autour de la question du lien et de la mémoire. D’autres films la complètent, dont le rarissime Les Deux mondes de Pham Van Nhân, tourné en 1953 à Paris, des films très récents des franco-vietnamiens Julien Lahmi et Maxime Samel, et deux films du cinéaste Robert Kramer, explorant la frontière ténue entre passé et présent dans Point de départ.

Bernard Payen

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Partenaires et remerciements

L'Institut français, Pierre Triapkine, Madame Ngo Phuong Lan, Le Hanoi International Film Festival, M. Le Hong Chuong et le Centre Culturel vietnamien, Jean-Christophe Baubiat, Philippe Boudoux, Bao Mai, Loïc Wong, André Van In et les Ateliers Varan, Martine Thérouanne et le Festival International des Cinémas d'Asie de Vesoul, Gerry Herman, Tran Hai Hac et le Ciné-club Yda, Liên-Viêt le réseau culturel France-Vietnam, Bui Thac Chuyen, Phong Ha Nguyen, Phan Dang Di, Nguyen Hoang Diep, Tadrart Films, Acrobates Films, Floris Films, les Films d'Ici, Narina Mazzoti, Nicolas Tarchiani, le cinéma La Clef, Yov Moor, Eric le Roy, Jean-Baptiste Garnero et les Archives Francaises du Film.

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