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Baptisé par les chroniqueurs de son temps « le cinéaste de la bonté » ou « le missionnaire du cinéma », le metteur en scène d'origine ukrainienne Léonide Moguy (1896-1978) considérait le septième art non comme un simple divertissement, mais comme un vecteur pour éveiller les consciences et véhiculer des idées humanistes.

Léonide Moguy, cinéaste engagé

Attentif aux évolutions de la société et aux dangers planétaires, cet artiste d'une grande conviction n'a pas craint, tout le long de sa carrière, d'aborder des sujets brûlants au risque de subir la censure des ministères. Par le truchement de sa caméra, il traita tour à tour de thèmes aussi délicats que la délinquance juvénile, les maisons de correction, la prostitution, les mères célibataires, l'éducation sexuelle, ou encore les dangers du nucléaire, au risque d'irriter les plus conservateurs ou d'agacer les esprits sceptiques le soupçonnant d'aborder des sujets racoleurs pour attirer les spectateurs. Sensible et passionné, le metteur en scène s'érigea en spécialiste du mélodrame : les conflits cornéliens, les situations les plus extrêmes devenaient de vrais révélateurs de personnalités, des prétextes destinés à mieux étayer ses thèses.

Du documentaire au mélodrame

Formé dans les années 20 en Ukraine auprès des plus grands techniciens et maîtres de l'écran (Poudovkine, Dovjenko), il a rapidement acquis une grande rigueur et une enviable réputation de monteur lui permettant de réaliser plusieurs documentaires d'actualités, dont le rarissime Documents d'époque (1928) récemment exhumé par la Cinémathèque ukrainienne après 90 ans d'oubli. À son arrivée à Paris, en 1929, ses talents sont repérés par les studios français de la Paramount. Celui qu'Yves Mirande surnomme désormais « le chirurgien du cinéma », va, grâce à la magie de ses ciseaux, donner une seconde chance à des films qui avaient été jugés lors des rushes trop médiocres pour être projetés (Adémaï aviateur de Jean Tarride). Après avoir collaboré avec des artistes aussi prestigieux que Max Ophuls et Colette, Moguy acquiert enfin ses galons de réalisateur grâce au Mioche (1936), vaudeville sentimental qui rencontrera un énorme succès public suivi de moult adaptations à l'étranger.

Prison sans barreaux, puissant mélodrame évoquant la rude discipline des maisons de redressement, le consacre en 1938 comme un des grands metteurs en scène de son époque. Primé à la Biennale de Venise, le film brille notamment par l'interprétation fiévreuse de ses jeunes comédiennes, parfaitement dirigées par Moguy. Appliquant une technique élaborée et scientifique pour cartographier les types de personnalités, Moguy va s'ingénier à repérer de nouveaux talents pour chacune de ses productions. Il contribuera ainsi, à des degrés divers, au lancement de grandes stars internationales du cinéma comme Michèle Morgan, Madeleine Robinson, Corinne Luchaire, Ava Gardner, Sophia Loren, Pier Angeli, Rossana Podestà, Michèle Mercier, Mylène Demongeot...

Son troisième film, Conflit (1938), surprend par son audace tant au plan de la forme que du sujet abordé. Moguy y confirme son talent pour les mélodrames, ainsi que son intérêt pour la psychologie et la condition féminine. Très applaudi à l'étranger, le film fera l'objet de remakes aux États-Unis et en Argentine.

Point d'orgue de sa carrière, Le Déserteur (1939) est un drame de guerre dont la tension est renforcée par une unité de temps et de lieu. Alors que L'Empreinte du dieu (1940), adaptation très sombre d'un best-seller de Maxence Van der Meersch, connaît un succès triomphal pendant l'Occupation, Moguy se réfugie aux États-Unis où il tourne pour la Fox Paris After Dark (1943), un des premiers films évoquant la Résistance française, tout en travaillant énergiquement pour le comité de France Forever.

Une notoriété au service d'un cinéma social

À son retour en Europe, le cinéaste rencontre quelques difficultés pour retrouver son aura d'antan et imposer les sujets qui lui tiennent à cœur. Bethsabée (1947), malgré son grand succès commercial, déçoit fortement les critiques. Le succès planétaire de Demain il sera trop tard (1950), mélodrame d'inspiration néoréaliste sur l'éveil sexuel des adolescents, lui permet de retrouver la faveur des journalistes et de jouir d'un immense prestige en Italie. Multipliant les conférences, débats, prises de position au sein des Citoyens du Monde, Moguy affirme son intérêt pour les grandes causes sociales, la liberté, le mondialisme et même l'écologie ; ses films deviennent alors systématiquement des prétextes pour alerter les consciences, le fond prenant souvent le pas sur la forme. Parfois décriées, méprisées par les auteurs de la Nouvelle Vague, certaines de ses œuvres méritent pourtant d'être redécouvertes, et constituent d'intéressants témoignages sociologiques sur le XXe siècle.

Après l'échec de son dernier film (Les Hommes veulent vivre, 1961), le cinéaste tentera pendant des années, tel Don Quichotte luttant pour atteindre l'inaccessible étoile, d'élaborer un film documentaire international, Quo Vadis 2000, destiné à alerter les spectateurs sur la nécessité impérieuse d'une entraide mondiale pour remédier aux affres et périls menaçant la planète. Encouragé par des chefs d'État et des organisations humanitaires, Moguy ne parviendra pourtant pas à réunir les fonds nécessaires pour concrétiser ce projet pharaonique, odyssée humaine irréalisable.

Après un relatif oubli, les réalisations de Léonide Moguy ont fini par susciter l'intérêt de personnalités majeures comme Pierre Rissient ou Quentin Tarentino. Ébloui par les films américains de Moguy, ce dernier avait insisté pour obtenir la projection du Déserteur au festival Lumière de Lyon en 2013.

Que la lumière soit de nouveau faite sur l'œuvre de Léonide Moguy !

Éric Antoine Lebon
Auteur de Léonide Moguy, un citoyen du monde au pays du cinéma, éditions L'Harmattan, 2018.

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Du 19 février au 1 mars 2020

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Léonide Moguy – Un citoyen du monde au pays du cinéma

Un livre de Éric Antoine Lebon aux éditions L'Harmattan

Metteur en scène français d'origine ukrainienne, Léonide Moguy (1898-1976) s'est imposé à la fin des années 30 comme le spécialiste du mélodrame social. Conscient de l'impact du Septième art sur les masses et désireux de faire évoluer les mentalités, cet homme de conviction a abordé des sujets audacieux et délicats au risque de subir les affres de la censure ou les pressions des ministères. Cet ouvrage aborde aussi bien la filmographie et les motivations de cet artiste généreux que son engagement pour la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale ou au sein des Citoyens du Monde.

Format : 135 x 215cm – 360 pages – 29€
Disponible à la librairie de la Cinémathèque française

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