Le polar US des années 80

Le 23 septembre 2022

Réalisé en 1983, La Nuit des juges reprend le thème du vigilante là où la décennie précédente l'avait laissé. Le film de Peter Hyams, sur un scénario de Roderick Taylor, s'empare d'un motif consubstantiel au cinéma américain qui avait fait retour dans les années 1970, exprimant une angoisse toute particulière surgie des bouleversements politiques et sociétaux du moment. Hyams et son scénariste dialectisent la question d'une manière nouvelle. La volonté de rendre une justice en dehors des procédures légales s'incarne ici, paradoxalement, dans la duplication de celles-ci. La vengeance ne peut plus s'affranchir des formes établies mais se légitime, en effet, par une répétition. Ecœuré par la façon dont les complexités de la Loi ne permettent plus, grâce aux détournements des garanties accordées aux accusés, que soit protégée la société, un magistrat frustré (incarné par Michael Douglas) rejoint les membres d'un tribunal secret qui condamne à mort et fait exécuter par un tueur à gages les criminels qui sont passés à travers les mailles du système. Ce choix, qui semble reposer sur une un mécanisme de décision simulant celui de l'institution judiciaire, plonge le protagoniste principal dans un cauchemar oppressant habilement restitué par certains choix de mise en scène du cinéaste qui avait déjà montré avec des titres comme Capricorne One en 1977 et Outland en 1981 un talent certain pour restituer des univers psychiques ou réels totalement paranoïaques.

Saigon, l'enfer pour deux flics a été réalisé en 1987 par Christopher Crowe qui fut essentiellement producteur et scénariste pour la télévision. Le film sera son unique réalisation pour le cinéma. Il y mêle habilement deux univers, celui du police procedural (deux policiers enquêtent sur une série d'assassinats de prostituées) et celui d'une peinture de la Guerre du Vietnam (l'action se situe à Saigon durant le conflit). Les conventions du buddy movie sont ainsi subverties et dépassées par une noirceur qui surgit tout autant de l'horreur du récit criminel que de la chronique d'une période chaotique de l'histoire des Etats-Unis.

Jean-François Rauger

Cinéma bis

Doubles programmes de série B ou Z, péplums, films d’horreur, westerns italien, films d’arts martiaux hongkongais, giallo transalpin, science-fiction bon marché, ou délires érotiques. 

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