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Hommage à un producteur

Il est temps de rendre hommage à Humbert Balsan, producteur et personnage essentiel du cinéma, disparu il y a trois ans, le 10 février 2005, dans les conditions que l’on sait. Temps, du fait que cette figure, noble et conquérante, dont on ne percevait pas vraiment, même ses proches, les failles qui le traversaient et diminuaient imperceptiblement son énergie et son don d’entreprendre, s’éloigne peu à peu, non pas de nos mémoires, mais du paysage du cinéma français. On se rendra bientôt compte, si ce n’est déjà fait, qu’Humbert Balsan aura été une des dernières figures chevaleresques du cinéma, incarnant jusqu’au bout et au péril de sa vie une certaine idée (politique) de l’indépendance. Temps, du fait aussi que son œuvre importante, dénombrant une soixantaine de films en une vingtaine d’années (une bonne moyenne : non pas un film chassant l’autre, mais l’un voisinant au côté d’un autre, puis d’un autre et d’un autre encore), certes composite, dessine aussi l’autoportrait d’un producteur. Temps aussi, parce que nous n’oublions pas qu’il était un ami, notre ami : celui de la Cinémathèque française à laquelle il consacrait du temps et de la passion, en en étant le vice-président.

Humbert Balsan commença par être acteur – il avait vingt ans : Gauvain dans Lancelot du lac de Robert Bresson (1974). Peut-on mieux commencer une carrière ou une aventure cinématographique, qu’en incarnant ce preux chevalier se rangeant aux côtés de Lancelot ? Jeunesse, loyauté, courage. Le film de Bresson était produit par Jean Yanne et Jean-Pierre Rassam, qui produisirent à la même époque Ferreri (La Grande bouffe et T*ouche pas la femme blanche*) et Pialat (Nous ne vieillirons pas ensemble). Rassam produisit aussi Eustache (La Maman et la putain), Godard-Gorin (Tout va bien), Barbet Schroeder (Idi Amin Dada). Période épique, celle des grandes aventures où se mêlait un brin de folie. Il y aurait sans doute des choses à dire sur les destinées croisées ou parallèles de Rassam et Balsan, qui témoignent, de manière certes différente, d’une certaine conception aventureuse et audacieuse de la production indépendante en France. Le fil conducteur passerait par Barbet Schroeder et les Films du Losange, et par un personnage incontournable de cette époque, Stéphane Tchagaldieff qui produisit de nombreux films, dont plusieurs de Rivette, Noroît entre autres où Humbert Balsan fit une apparition. Rassam, Tchagaldieff, Barbet Schroeder, Pierre Cottrell, Balsan, Alain Sarde, Claude Berri… Il se dessine-là une saga passionnante, dessinant une certaine tendance de la production française, ouverte, rapide, dynamique, antiacadémique, avec des auteurs venus du monde entier (de Milos Forman à Coppola). Cette histoire-là reste à écrire, avec ses moments glorieux et ses drames, ou ses échecs.

Les vrais débuts d’Humbert Balsan comme producteur sont inséparablement liés à une figure moins connue, mais tout aussi attachante : Jean-Pierre Mahot de la Querantonnais. Très amis, ayant des points communs (fils de la bourgeoisie en rupture de ban), Mahot (c’est ainsi qu’on l’appelait) et Balsan unirent leurs efforts pour produire quelques films emblématiques à la toute fin des années soixante-dix : Quartet de James Ivory, Le Maître-nageur de Jean-Louis Trintignant, Le Soleil en face de Pierre Kast. Ils avaient créé ensemble une société de production : Lyric International. Leur entente et leur complémentarité permirent à Youssef Chahine de réaliser Adieu Bonaparte en 1985, son film le plus cher (24 millions de francs), avec un casting franco-égyptien : Michel Piccoli et Patrice Chéreau, Mohsen Mohieddine, et des centaines de figurants. Cette rencontre avec Chahine allait être décisive, pour Chahine comme pour Balsan, car elle sera à l’origine d’une fidélité au long cours : pas moins de cinq films ensemble, après Adieu Bonaparte, jusqu’au dernier, Alexandrie… New York (en 2004).

Cette « connexion » arabe, et plus généralement moyen-orientale, irrigue en partie la filmographie d’Humbert Balsan producteur : Yousry Nasrallah, qui fut l’assistant de Chahine, faisait partie de l’écurie Balsan (La Porte du soleil, 2004), de même qu’Elia Suleiman (Intervention divine, 2002). Cet hommage est aussi l’occasion de revoir L’Homme voilé (1987), réalisé par Maroun Bagdadi, qui fut plus que l’ami, l’alter ego de Balsan, avant de mourir à Beyrouth, sa ville, en 1993. Le parcours d’Humbert Balsan est jalonné de bornes qui dessinent une trajectoire de fidélité. Cette fidélité s’appelle : Philippe Faucon (L’Amour, 1990 ; Sabine, 1993 ; Muriel fait le désespoir de ses parents, 1995 ; Samia, 2000), Sandrine Veysset (Y aura-t-il de la neige à Noël ?, 1996 ; Victor… pendant qu’il est trop tard, (1998 ; Martha… Martha, 2001 ; Il sera une fois… ; 2006). Sans oublier quelques francs-tireurs : René Allio, Nikos Papatakis, Hervé Le Roux, Charles Matton, Brigitte Roüan, Claire Denis ou Francis Girod. A n’en pas douter, ce « catalogue Balsan » aura bien épousé son temps, et la géographie hasardeuse, disons même aléatoire, d’un certain cinéma indépendant des années quatre-vingts à deux mille, créant des passerelles et suscitant des alliances. Impossible de ne pas mentionner le producteur Gabriel Khoury, point de rencontre indispensable entre H.B. et la galaxie Chahine, sans parler d’Arte, de Pierre Chevalier et de l’avance sur recettes. Tout cela fut fragile, et continue de l’être pour les quelques rescapés de l’Indépendance. Cela n’aura eu de valeur, réelle ou symbolique, que grâce à l’obstination et l’entêtement de Balsan à poursuivre coûte que coûte une politique de « pirates », terme revendiqué par lui et ses complices Paolo Branco et Gilles Sandoz. Qu’est-ce que cela veut dire ? Tout simplement que le désir d’un producteur ne rencontre pas toujours, et même que très rarement, celui de l’industrie. Qu’il faut alors prendre de vitesse le cinéma lui-même, sa lenteur ou son absence de désir, et lui imposer des projets qu’il ne peut ni ne veut accueillir. Qu’il faut parfois prendre le maquis, se placer hors des sentiers battus, pour que des projets naissent et vivent leur vie. Cela, Humbert Balsan l’a pratiqué, jusqu’au moment où cela n’était plus tenable. Alors, tel un joueur, il a quitté la table. Pour ne plus y revenir. Hélas !

Serge Toubiana

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