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Hawks, un classique ? La réponse est encore et toujours oui. De ce cinéaste qui a enflammé les Jeunes Turcs de la Nouvelle Vague alors critiques aux Cahiers du cinéma, il n'est qu'un adjectif qui explique frontalement la perfection de toute l'œuvre : Hawks était bon.

Morale de la vitesse

« Good » : l'adjectif prolifère sans la bouche des personnages jusqu'au-boutistes d'Howard Hawks pour qualifier tout partenaire fidèle, avec ou sans faille, au point que la compétence l'emporte haut la main sur la bonté, et que le professionnalisme fait office de morale. Quand Joe, pilote de l'aéropostale dans Seuls les anges ont des ailes (1939), meurt accidentellement, son chef (Cary Grant) lâche un « il était pas assez bon » ; dans Rio Bravo (1959), quand le shérif Chance (John Wayne) demande à Dude (Dean Martin) si, malgré l'alcoolisme qui lui fait trembler les mains, il a le courage de prendre les devants dans un saloon empli de bandits, il n'a qu'une seule question : « Tu penses être assez bon ? »

Howard Winchester Hawks (1896-1977), né dans une famille aisée de l'Indiana qui déménage quand il a dix ans en Californie, a été très bon de toute éternité : étudiant en ingénierie mécanique doué, il débute très jeune sur les plateaux comme accessoiriste et assistant-réalisateur particulièrement débrouillard. Irving Thalberg, futur patron de la MGM, l'embauche pour diriger le département scénario de la Famous Players dès 1923. À une époque où les studios mettaient les réalisateurs sous contrat, Hawks, en quarante ans et autant de films, a su naviguer entre plusieurs majors sans s'attacher à aucune. Producteur associé mais aussi coscénariste et superviseur du montage de ses films, il ne cède jamais sur son goût des « bonnes histoires » ni sur son contrôle artistique, favorisé par ses succès au box-office et ses nombreuses amitiés dans le métier (Gary Cooper, John Ford, Victor Fleming...).

Inverser les genres

« Bon », Hawks l'est encore dans le flair dont il fait preuve dès le casting, révélant des stars comme Rita Hayworth ou Carole Lombard et composant des duos mythiques, Lauren Bacall et Humphrey Bogart (Le Port de l'angoisse, 1944, et Le Grand sommeil, 1946), John Wayne et Montgomery Clift (La Rivière rouge, 1948), ou Jane Russell et Marilyn Monroe, les « two little girls from Little Rock » des Hommes préfèrent les blondes (1956). Les deux sexes convergent l'un vers l'autre dans nombre de ses films : la virilité affichée, de Bogart à James Caan, se fissure quand elle se frotte à des amantes qui sont aussi de solides camarades, des plans à deux affirmant cette égalité dans le cadrage. Quant aux femmes, sommées de « cesser de faire la fille » (dixit Pat à sa sœur Julie dans Ligne rouge 7000, 1965), elles portent haut le chapeau (La Dame du vendredi, 1940), s'habillent parfois en hommes (El Dorado, 1966), et chantent l'amour d'une voix rauque (Lauren Bacall dans les années 40, Gail Hire ou Abigail Page dans les années 60).

Filmer à l'économie

L'œuvre de celui qui dit avoir choisi le cinéma « parce qu'un film, motion picture, est avant tout motion, movement » réclame d'être revue régulièrement, car chacun de ses jalons passe comme les bolides qu'il conduisait et a filmés dès La Foule hurle (1932). L'efficacité narrative fait fi des ellipses et des flashbacks, et les fameux « dialogues mitraillette » de La Dame du vendredi, où le jargon du journalisme s'entrecoupe de vannes vachardes entre ex-époux, interdisent de tout comprendre à la première vision. La mise en scène n'est pas moins économe : Hawks a la capacité de résumer d'un unique geste toute une psychologie ; dès le premier plan de Rio Bravo, quand Dean Martin, en sueur, porte la main à sa bouche en entrant au saloon, tout est dit de sa descente dans l'alcool, aussi sûrement que la façon dont Bacall allume sa cigarette dans Le Port de l'angoisse verrouille le coup de foudre avec Bogart.

Trajectoire tout-terrain

Classique, Hawks l'est enfin parce que dans chacun des genres qu'il a explorés, du film de guerre (Sergent York, 1941) au western (La Captive aux yeux clairs, 1952) en passant par le péplum (La Terre des pharaons, 1955), s'il n'a pas été pionnier, le cinéaste a signé les spécimens les plus accomplis, tel son Scarface de 1932, un an après L'Ennemi public de William Wellman. L'Impossible monsieur Bébé perfectionne ainsi la comédie screwball et cristallise dans l'étrange figure corporelle composée de Cary Grant collé à Katharine Hepburn dont la robe vient de se déchirer, une image définitoire du couple, binôme claudicant, paniqué et, qui sait, profondément joyeux. Même lorsque Lubitsch s'amuse avec le conte de fées en filmant Claudette Colbert en croqueuse de diamants et d'oignons (La Huitième femme de Barbe-Bleue, 1938), Hawks réplique avec une version de Blanche-Neige encore plus hilarante, Boule de feu (1941), variation lexicologique qui va plus loin sur l'infantilisation de Gary Cooper, dépucelé par une Barbara Stanwyck on fire.

Politique des hauteurs

Hawks a également porté à son sommet, c'est le cas de le dire, le film d'aviation : dès avant La Patrouille de l'aube (1930) et Brumes (1936), il intéresse la Fox en écrivant Les Rois de l'air (1928), que le studio lui propose de tourner lui-même. Dans son dernier film d'aviation, qui est peut-être son chef-d'œuvre, Seul les anges ont des ailes, Cary Grant quitte sa tendance au travestissement burlesque pour le blouson d'un dur à cuir(e), un pilote « brûlé deux fois au même endroit » par une Rita Hayworth au début de sa gloire. Deux fois, parce que sans retour, retrouvaille ou remise sur le métier, la folle course du cinéma de Hawks n'aurait lieu qu'en pure perte. Elle s'aplatirait dans le décor. Son regard n'est certes jamais vissé dans le rétroviseur, mais il travaille par reprise (d'un film à l'autre et à l'intérieur d'un même film), aussi bien pour répondre aux attentes d'un public qui lui importe que parce que les secondes chances sont les plus explosives. Le vieux Stumpy (Walter Brennan), l'« estropié » qui, réduit à garder la prison, débarque sans invitation à la fusillade finale de Rio Bravo, le sait bien lui aussi : il tire d'abord sur ses adversaires au pistolet avant de les achever à la dynamite.

Charlotte Garson

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