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Georg Wilhelm Pabst naît en 1885 à Raudnitz, en Bohême, dans l'Empire austro-hongrois, et grandit à Vienne où, à partir de 1901, il suit des cours de théâtre. Il joue ensuite dans de nombreuses salles mineures entre l'Autriche et l'Allemagne. En 1911, il rejoint le Deutsche Volkstheater de New York, où il fait l'année suivante ses débuts de metteur en scène. La Première Guerre mondiale le surprend alors qu'il voyage à travers l'Europe, et il est interné en tant qu'étranger ennemi dans un camp français. Pendant ses années de captivité, il entreprend de monter un théâtre avec les prisonniers. Ce n'est qu'en 1919 qu'il peut rentrer à Vienne. Son parcours l'emmène d'abord à Prague, où il est metteur en scène au Deutsches Theater, puis il devient directeur artistique de la Neue Wiener Bühne, théâtre viennois d'avant-garde.

Les Mystères d'une âme

 Il fait en 1921 la connaissance du réalisateur Carl Froehlich et participe à ses côtés au tournage de Im Banne der Kralle. Entré comme associé dans la société Froehlich-Film GmbH, il y fait ses débuts d'assistant metteur en scène, avant de réaliser son premier film, Der Schatz (Le Trésor, 1922). Produit par la société française Sofar, Die Freudlose Gasse (La Rue sans joie, 1925), célébré par la critique comme un chef-d'œuvre, vaut à Pabst une réputation internationale. L'action du film, qui s'appuie sur un roman de Hugo Bettauer et se situe à Vienne pendant l'époque de l'inflation, fait déjà émerger son thème de prédilection : les antagonismes sociaux aigus, qui emprisonnent la vie des êtres dans des rapports de pouvoir injustes et trouvent leur expression dans l'exploitation sexuelle. Pour le département culturel de la UFA, Pabst tourne ensuite Geheimnisse einer Seele (Les Mystères d'une âme). D'abord envisagé comme un essai pédagogique sur la psychanalyse, le film se transforme en l'étude d'un personnage obsessionnel. Les longues séquences de rêves réalisées par le grand chef-opérateur Guido Seeber illustrent la théorie freudienne, en même temps qu'elles élargissent les possibilités du récit cinématographique. Toujours pour la UFA, Pabst réalise Die Liebe der Jeanne Ney (L'Amour de Jeanne Ney, 1927) d'après un roman de l'écrivain soviétique Ilya Ehrenbourg, lequel prendra ses distances avec le film. Dans ce mélodrame sur fond de révolution russe, Pabst expérimente pour la première fois le langage formel qui sera désormais sa marque de fabrique : longs plans-séquences, amples mouvements de caméra, montage invisible qui épouse les mouvements des interprètes dans l'espace, et donne le sentiment d'une parfaite tridimensionnalité de la mise en scène. Le film suivant, Abwege (Crise, 1928), que Pabst produit lui-même et qui évoque une crise conjugale dans la haute société, améliore encore davantage cette stylistique : jeu magistral avec les perspectives, échange des points de vue et retournements surprenants.

Le créateur et la muse

En 1929, il tourne Die Büchse der Pandora (Loulou), pour la Nero-Film, d'après Frank Wedekind. Pour le rôle principal, il fait venir de Berlin la starlette américaine Louise Brooks, et fait d'elle le centre glamour autour duquel gravite tout le film. Lors de sa redécouverte dans les années 1950, Loulou sera considéré comme l'un des plus importants films muets allemands et contribuera durablement à la réputation du cinéaste. Pabst réalise immédiatement après Tagebuch einer Verlorenen (Le Journal d'une fille perdue) où Louise Brooks tient une nouvelle fois la vedette. Cette histoire d'une « fille perdue », entre maison d'éducation et bordel de luxe, est rapidement interdite pour « incitation à l'immoralité » et ne pourra être montrée par la suite que dans une version significativement édulcorée.

« Pabst le Rouge »

Parallèlement à son activité de cinéaste, Pabst s'engage, aux côtés de Käthe Kollwitz, Béla Balázs, Heinrich Mann et de quelques autres, dans la création du Volks-Film-Verband, association de cinéastes marquée à gauche. Il occupe une fonction dirigeante au sein du DACHO, confédération syndicale créée en 1928, réunissant diverses associations de réalisateurs. Son premier film parlant, Westfront 1918 (Quatre de l'infanterie, 1930) est une profession de foi pacifiste qui met en garde contre les dangers d'une nouvelle guerre. La même année commence le tournage de Die Dreigroschenoper (L'Opéra de quat'sous), adaptation de l'œuvre de Bertolt Brecht et Kurt Weill. En 1931, c'est, avec Kameradschaft (La Tragédie de la mine), un nouveau plaidoyer en faveur de l'amitié entre les peuples et de la solidarité. Si ces films lui valent d'être surnommé « Pabst le rouge », le cinéaste s'essaie aussi à des films de genres, des mélodrames voire des films de pur divertissement, comme Die Herrin von Atlantis (L'Atlantide, 1932), dans lequel Brigitte Helm, fabuleusement belle, incarne la reine du Sahara.

Une parenthèse trouble

Lorsque les nazis s'emparent du pouvoir en 1933 et interdisent ses films précédents, Pabst est à Paris et travaille à une adaptation de Don Quichotte. Il ne retournera pas en Allemagne et part à Hollywood où il tourne A Modern Hero (Un héros moderne) pour la Warner Bros. Mais Pabst n'est pas à l'aise avec le système des studios, qui relègue les cinéastes au rang d'employés censés obéir aux instructions. Ses projets sont écartés en raison de leur orientation politique et il revient en France en 1936 sans avoir pu réaliser aucun autre film aux États-Unis. S'ensuivent alors des films alimentaires et de pur divertissement comme Mademoiselle Docteur (1937), Le Drame de Shanghaï (1938) et Jeunes filles en détresse (1939), remarquables pour le savoir-faire de Pabst, mais qui ne laissent rien transparaître de ses engagements ou de ses intérêts politiques. Pabst décide d'émigrer de nouveau aux USA et réserve sa traversée sur le Normandie pour le 8 septembre 1939. Alors qu'il prend congé de sa famille en Autriche, que l'Anschluss a entretemps rattachée à l'Allemagne, la guerre éclate et rend son départ impossible. Il reste alors dans l'Allemagne nazie et y réalise deux films, Komödianten (Les Comédiens, 1941), qui représente l'Allemagne à la Biennale de Venise et y remporte le prix de la mise en scène, puis Paracelsus (Paracelse) en 1943, tous deux jugés « de grande valeur pour la politique de l'État ». En juillet 1944, Pabst commence à tourner, dans les studios Barrandov de Prague, Der Fall Molander (Le Cas Molander), qu'il ne peut achever en raison de la guerre, et qui est aujourd'hui perdu. Toute cette période aura durablement terni la réputation du cinéaste.

Se racheter une conscience

En 1947-1948, dans le secteur russe d'Occupation de Vienne, Pabst tourne Der Prozess (Le Procès), un plaidoyer contre l'antisémitisme qui évoque le procès pour « meurtre rituel » d'un crime datant de 1883. Au sein d'une production après-guerre qui compte de nombreux films de genre réalisés en Autriche, en Italie et en Allemagne jusqu'au milieu des années 1950, seuls deux films s'inscrivent de manière significative dans la tradition d'un cinéma politiquement engagé, exemplairement développée par Pabst au milieu des années 1930. Der letzte Akt (La Fin d'Hitler, 1955) qui évoque les derniers jours du Führer dans le bunker de la Chancellerie et Es geschah am 20. Juli (C'est arrivé le 20 juillet, 1955), minutieuse reconstitution de l'attentat manqué du 20 juillet 1944 contre Hitler. Sans faire de bruit, Georg Wilhelm Pabst mourut d'une longue maladie à Vienne en 1967.

Martin Koerber

Dans les salles

Films, rencontres, conférences, spectacles

Du 30 octobre au 25 novembre 2019

Les films

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Autour de l'événement

Tamasa présente

Rétrospective de 12 grands films de Pabst en versions restaurées.

Sortie en salles et en coffret DVD le 30 octobre.

Partenaires et remerciements

Bundesarchiv-Filmarchiv, Deutsche Kinemathek, Deutsches Filminstitut, Filmarchiv Austria, Filmmuseum Muenchen, Lobster Films, Murnau Stiftung, Rai International, Tamasa Distribution.