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Un cinéaste citoyen

Cinéaste engagé, artiste en colère, Francesco Rosi est l’auteur d’une œuvre qui, tout en dénonçant les tares politiques de l’Italie, n’a jamais délaissé les exigences de la fiction et du spectacle.

Francesco Rosi représente une des figures les plus hautes de l’artiste profondément engagé dans les problématiques de son temps. Le futur cinéaste est né à Naples en novembre 1922. Ayant grandi et étudié dans cette ville, Rosi n’a jamais vraiment quitté sa cité natale. Il reste profondément un homme du Sud, un homme du conflit entre la passion et la raison, du déchirement entre la nature et la culture : « Je suis né à Naples, j’appartiens au Sud, j’ai toutes les contradictions d’un homme du Sud et d’un homme qui a eu le privilège d’une éducation bourgeoise : le privilège d’une culture dans un monde sub-culturel. Ces contradictions s’expriment dans un conflit très simple et en même temps extrêmement complexe et dramatique : le conflit entre les sentiments et la passion d’une part, la raison d’autre part. Je crois que je suis un typique représentant de ce conflit. Mon univers est un univers d’émotions et de passions, avec tous les défauts, toutes les limites et aussi toutes les généreuses vertus de la passion. Mais en même temps, j’aspire à la raison, à la possibilité de lire les sentiments presque de façon contemporaine à leur naissance ; je cherche à exposer la passion à la lumière d’une analyse rationnelle. »

Découverte du cinéma

Francesco Rosi découvre le cinéma dans les salles napolitaines au cours des années trente. Il aime le cinéma américain qui inonde alors les écrans italiens et il est fasciné par ce mode d’expression. Comme il l’a raconté, après le baccalauréat, il ne rêve que d’aller suivre à Rome les cours de l’école du cinéma, le Centro Sperimentale di Cinematografia. Pourtant, suivant les injonctions de son père, il commence sans enthousiasme des études de droit qu’il ne terminera pas. Mobilisé en 1942, il connaît la guerre dans le Nord de l’Italie et la clandestinité dans la région de Florence. Il ne revient à Naples (la ville a été libérée par les Alliés en septembre 1943) qu’en septembre 1944. Les Américains ont bouleversé la ville en y favorisant toutes sortes de trafics. Le jeune homme ne reprend pas ses études, il profite des occasions qui se présentent à lui pour entrer dans la vie active et mettre à l’épreuve des goûts qui le poussent vers diverses formes de créativité. Grâce à un ami, il travaille pour Radio Naples (un émetteur contrôlé par le Psychological Warfare Branch) dans des émissions de variétés dont il est tour à tour metteur en onde, scénariste et acteur. Il collabore aussi à la revue Sud, « journal culturel » fondé et dirigé par Pasquale Prunas dans l’espoir, un peu fou, d’en faire un lieu de refondation culturelle de la cité. Dans Sud, Rosi écrit des articles sur les arts figuratifs (pendant la période où, après l’armistice de septembre 1943, il tentait de revenir à Naples, il fit la connaissance du célèbre critique d’art Carlo Ludovico Ragghianti) et sur le cinéma, occasion pour lui, rendant compte des premiers films néoréalistes, de tromper son impatience de participer activement à un domaine qui reste son aspiration profonde.

De l’atmosphère qui règne à Naples dans cette immédiate après-guerre, de cette soif de conjurer l’absence de perspectives intellectuelles dans une ville livrée au désarroi de la pauvreté et au chaos de la délinquance, témoignent certains projets de Rosi. Le cinéaste envisage de tirer un film du livre de John Horne Burns, The Gallery, évocation de la découverte de la civilisation napolitaine par les soldats américains. D’une certaine manière, il reste quelque chose de ce projet dans les séquences de la libération de Naples dans Lucky Luciano.

Un cinéaste témoin de son temps

Conscient de l’impasse professionnelle dans laquelle il se trouve, Rosi tente l’expérience du Nord. Après un détour infructueux par Milan, il s’installe à Rome en 1946 - il a 24 ans -, acceptant la proposition du metteur en scène napolitain Ettore Giannini de devenir son assistant pour monter au théâtre une pièce de Salvatore Di Giacomo (autre Napolitain), Il Voto. En 1947, toujours convaincu que le théâtre n’est qu’un palliatif dans l’attente de pouvoir intégrer les milieux du cinéma, se situe le tournant de la vie professionnelle de Rosi : la rencontre avec Luchino Visconti, qui l’engage pour le tournage de La Terre tremble. Le travail d’assistant avec le cinéaste milanais est une expérience décisive (il en sera également l’assistant pour Bellissima et Senso). Le séjour à Aci Trezza près de Catane constitue aussi le moment de la découverte de la Sicile - autre source d’inspiration fondamentale de l’univers de Rosi.

Témoin de son temps, Rosi est sans doute le cinéaste le plus radical dans son approche civique et politique de la réalité italienne, dans sa volonté de montrer l’inextricable connivence entre pouvoir officiel et pouvoir occulte, entre organisation institutionnelle et structure mafieuse. Décrivant d’abord les méfaits de la camorra à Naples (Le Défi, 1958), dont il suit ensuite les ramifications en Allemagne avec Profession magliari/I Magliari (1959), il élargit progressivement ses investigations à la Sicile pour en montrer la douloureuse soumission à la mafia (Salvatore Giuliano, 1961), puis, revenant à Naples, il étale au grand jour la collusion entre les hommes politiques et les entrepreneurs capitalistes dans la mise à nu d’un problème - la spéculation immobilière - dont les enjeux ne sont pas seulement italiens (Main basse sur la ville, 1963, Lion d’or à Venise). Ses films suivants abordent le thème de la tauromachie dans l’Espagne franquiste (Le Moment de la vérité, 1964), la représentation de la guerre de 1914-1918 vue dans sa folie meurtrière (Les Hommes contre, 1970), les luttes internationales pour le contrôle du pétrole (L’Affaire Mattei, 1972, Palme d’or au festival de Cannes), la mise en place des réseaux de trafic de drogue entre l’Europe et les États-Unis (Lucky Luciano, 1973).

Analyste toujours plus pénétrant des dévoiements du pouvoir, Rosi étale ensuite, en s’inspirant du roman de Leonardo Sciascia Il Contesto, les rouages d’un complot d’État pour mieux asseoir l’autorité hors de tout contrôle démocratique (Cadavres exquis, 1976). Sensible aussi à une dimension plus romanesque du récit, sans que pour autant l’observateur lucide ne demeure aux aguets, ses films suivants le conduisent à nouveau dans le Sud de l’Italie (Le Christ s’est arrêté à Eboli, d’après Carlo Levi en 1979 ; Trois frères en 1981 ; Oublier Palerme d’après Edmonde Charles-Roux en 1990) ou dans l’univers hispanique et latino-américain (Carmen, film-opéra d’après l’œuvre de Bizet en 1983, Chronique d’une mort annoncée d’après Gabriel García Márquez en 1987). Au début des années quatre-vingt dix, il revient à Naples pour décrire les nouveaux ravages des détournements de fonds, de la spéculation immobilière et de la drogue (Naples revisitée, 1992). Dans ce film très personnel, il se livre aussi à une évocation intime des lieux de son enfance et de sa jeunesse. En 1997, il parvient enfin à réaliser un projet qu’il essayait de porter à l’écran depuis plusieurs années, une adaptation du récit de Primo Levi, La Trêve, sorte d’Odyssée du retour à Turin au sortir du camp d’extermination d’Auschwitz.

Saisir les contradictions de l’Italie

Cinéaste citoyen, Rosi a arpenté l’Italie pour en saisir les contradictions et les maux. Il a puisé son inspiration aux sources du Mezzogiorno - Naples, la Sicile, la Lucanie - mais aussi aux sources hispaniques. Auteur de ses sujets, il a su s’appuyer sur des romans et des témoignages, adaptant les contes du Napolitain Basile, les récits autobiographiques du Sarde Emilio Lussu ou des Turinois Carlo Levi et Primo Levi, s’appuyant aussi sur le roman de politique fiction du Sicilien Leonardo Sciascia et s’ouvrant à des influences étrangères avec Georges Bizet et Prosper Mérimée, Gabriel García Márquez, Edmonde Charles-Roux. Des projets avortés, notamment un film consacré à Che Guevara ou une adaptation du Jules César de Shakespeare, soulignent cette dimension internationale, visible aussi dans ses films tournés en Allemagne (I Magliari), aux États-Unis (Lucky Luciano, Oublier Palerme), dans l’Europe de l’Est (La Trêve).

Au cours de ces dernières années, tournant le dos au cinéma qui ne lui offrait plus les conditions nécessaires pour la poursuite de son travail, il s’est consacré au théâtre, mettant en scène (nouvelle immersion dans la culture napolitaine) plusieurs pièces d’Eduardo De Filippo, notamment Filumena Marturano et Napoli milionaria. Par certains aspects, Francesco Rosi, que ses amis surnomment affectueusement « le professeur  », s’est érigé en conscience morale du cinéma italien, en artiste qui a passé sa vie à se battre pour ses idées.

Jean A. Gili

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