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Actrice dès l'âge de 9 ans, Elizabeth Taylor a grandi, aimé, vieilli devant les caméras et a adoré ça. Petite fiancée de l'Amérique, jeune mariée gâtée par la vie, femme passionnée qui défie la morale et les conventions : ses rôles racontent une histoire de Hollywood, des femmes et des mœurs américaines, du puritanisme le plus strict à la libération sexuelle. L'excès fut sa définition, son art de vivre, une manière d'intensifier chaque parcelle de sa vie.

Queen Elizabeth

En 1945, le magazine Life consacre un article à une vedette de 13 ans : « Elizabeth Taylor aime les animaux et la nature ». Sur les photos, l'enfant-star pose avec un cheval, des chiens, un chat, ou son écureuil apprivoisé. Son amitié avec le gentil rongeur est l'objet de son livre Nibbles & Me, vrai-faux journal intime dont la publication doit servir de publicité pour Le Courage de Lassie. Toute jeune, Elizabeth Taylor intègre Hollywood, forcée par une mère ex-actrice qui veut prendre sa revanche sur la vie en faisant de sa fille l'une des plus grandes stars de l'histoire du cinéma hollywoodien.

Après un premier film en 1942, Elizabeth Taylor signe à la MGM un contrat qui se prolongera jusqu'en 1958. Lorsqu'elle ne tourne pas, la jeune fille poursuit sa scolarité à l'école de la compagnie. Surprotégée, Liz Taylor ne connaît que la suffocante irréalité des studios hollywoodiens. Le Grand National, Les Quatre filles du docteur March, Mon père et nous et les deux Lassie : elle joue dans une longue série de comédies grand public, véritables poèmes naïfs célébrant une Amérique virginale, travailleuse et puritaine, où la cohésion familiale garantit l'harmonie du monde.

« J'ai toujours voulu être une femme »

Mais si elle incarne les filles à papa, ses traits sont déjà ceux d'une adulte. Elle est souvent trop maquillée et la pellicule ne parvient pas à contenir cette énergie féminine débordante. Elle confie dans ses mémoires n'avoir jamais eu d'enfance ; peut-être n'en voulait-elle pas. On pressent dans son jeu une forme de zèle, d'impatience : la petite fille joue avec la femme qui pousse en elle. Dans Le Grand National, alors qu'elle n'a que 11 ans, Clarence Brown la filme au bord de l'excitation sexuelle dans une scène où elle tombe farouchement amoureuse d'un magnifique étalon. Derrière la niaiserie enchanteresse, la métaphore de la découverte enfantine de la sexualité est limpide.

Dans sa vie (huit unions) comme au cinéma, le mariage figure pour l'actrice le point d'incandescence de la vie d'une femme, l'occasion sans cesse renouvelée de se recréer. Elle incarne les jeunes femmes modèles, gâtées, drapées dans de somptueuses robes blanches, et enveloppées par le regard protecteur du patriarche qui a les moyens de lui offrir tout ce qu'elle veut (Une place au soleil, La Fille qui avait tout), ou le prétend (Le Père de la mariée). Nulle mieux qu'elle n'a joué ce calme, cette sérénité épanouie qui accompagne la conscience d'une plénitude affective et matérielle.

La Piste des éléphants et Géant annoncent ce qui sera l'une des grandes affaires de la filmographie de Taylor : non plus le mariage comme fantasme et promesse de bonheur, mais comme réalité et épreuve à peine surmontable. Elle-même évoque, à propos de son sixième mariage, une allégorique « Sibérie domestique ». Avec l'assouplissement du code de censure, la publication des deux rapports Kinsey sur la sexualité des Américains et le vent de sensualité débridée qu'apportent les pièces de Tennessee Williams, l'auscultation du couple américain se fait plus amère et impitoyable. La conjugalité est le lieu d'un affrontement en huis-clos (le cinéma américain renoue alors avec la théâtralité) qui appelle le retour du refoulé (homosexualité, adultère, alcoolisme, meurtre). Taylor sera souvent identifiée aux adaptations de Williams (Soudain l'été dernier, La Chatte sur un toit brûlant, Boom !) ou d'autres écrivains très influencés par son style (Reflets dans un œil d'or, Qui a peur de Virginia Woolf ?).

Passion

Cléopâtre bouleverse son existence. L'actrice gardera par la suite le goût des ornements, des parures insensées : elle se vit en reine de Hollywood. Les films seront désormais des trônes, la féminité un grand spectacle. Sous la fresque historique où les passions guident les décisions politiques, Mankiewicz réalise le document fragile d'un coup de foudre entre son actrice et Richard Burton. Pendant le tournage, le scandale de la relation extraconjugale s'étale dans toute la presse, fascine. Hollywood en profite. Burton et Taylor devront vivre leur amour dans des fictions taillées pour eux. Leurs films en duo (une dizaine) s'envisagent comme de vrais-faux documentaires sur l'intimité du couple, qui exécute alors ses plus beaux numéros : alcoolisme à deux, disputes titanesques, tension sexuelle explosive. Au contact de Burton, Taylor devient shakespearienne : elle module sa voix, exhorte, crie, scande, se radoucit, rugit, pique des colères purificatrices. Et puisque la fiction se calque sur la vie (ou l'inverse), leur dernier film ensemble, réalisé pour la télévision, s'appelle Divorce. Dans les années 1970, le petit écran, où elle termine sa carrière, poursuit l'illusion documentaire et puise dans sa vie, ses divorces, son déclin et son goût du scandale, pour forger ses fictions.

Le Chevalier des sables, chef-d'œuvre du couple Burton-Taylor, oscille entre deux Hollywood : l'un tenu par la tradition et le tabou, l'autre accueillant sans détourner le regard la vérité sur la sexualité des Américains. La passion extraconjugale n’est plus cet écart de conduite sévèrement jugé, mais une véritable vocation spirituelle devant laquelle on ne peut qu’abdiquer, un flux vital qui traverse les corps et terrasse les conventions. Petite fille amoureuse de son cheval ou femme épanouie folle de son Burton : la passion comme désordre libérateur est le motif qui a traversé toute la carrière de l’actrice. Minnelli revient filmer Taylor et libère l’énergie sexuelle qui palpite en elle, saisit cet enthousiasme et cette joie qu’elle met à être une femme.

Murielle Joudet

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