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Comédies satiriques hongroises

Depuis les années soixante, le cinéma hongrois a produit de nombreuses comédies satiriques, qui, au mépris parfois de la censure, se sont moquées du régime, ont pris pour cible la bureaucratie, se sont amusées à ridiculiser les pouvoirs. Cette programmation permet de redécouvrir cette veine réjouissante.

« Les Hongrois [sont un] peuple doué de mémoire et marqué de cicatrices, peuple acharné à se gratter là où l’histoire le démange, et c’est évidemment là une des sources et une des clés du meilleur cinéma national », écrit Jean-Pierre Jeancolas dans l’introduction de son histoire du cinéma hongrois. Effectivement, les films les plus connus de Miklós Jancsó, de Márta Mészáros ou de István Szabó, évoquent les périodes les plus sombres de l’histoire hongroise. Les films les plus récents (ceux de Kornél Mundruczó ou de Béla Tarr) reflètent également la mélancolie et le désespoir hongrois. Cette rétrospective, consacrée à quarante ans de satires cinématographiques hongroises, souhaite montrer la face souriante de ce pays. C’est un voyage à travers une période relativement longue, de 1968 à 2010, qui relie les temps sinistres de la fin du Printemps de Prague, lorsque la Hongrie, membre du pacte de Varsovie, dirigeait ses chars contre la Tchécoslovaquie soulevée, jusqu’à nos jours, où les anciens pays du bloc soviétique ont désormais rejoint l’Union européenne, dont la Hongrie assure actuellement la présidence.

L’humour comme arme

Après la triste période de la dictature qui suivit la révolution de 1956, à la fin des années soixante, le pays semblait retrouver une certaine normalité. Les artistes et les intellectuels ont espéré un dialogue intelligent et modéré avec le pouvoir. En 1968, au cours du Printemps de Prague, tous ces rêves s’écroulèrent, la dictature hongroise montra son asservissement au modèle soviétique. Les influences artistiques occidentales ont en revanche désigné une toute autre direction à l’évolution des arts. Les cinéastes hongrois ont dû élaborer un langage spécifique, qui leur a permis de naviguer entre le contrôle de l’Etat et la liberté d’expression. La Nouvelle Vague tchèque avait donné l’exemple, mais la recette de Jiri Menzel, de Vera Chitylova ou de Milos Forman n’a pas pu être appliquée dans le contexte hongrois. Un nouveau type de satire a vu le jour, dont notre programmation montrera les différentes facettes. L’humour est la meilleure arme contre un système totalitaire, la meilleure si on n’en dispose pas d’autre. Les réalisateurs hongrois, Zoltán Fábri, Miklós Jancsó, Péter Bacsó et les autres, ont tourné cette arme contre un régime qui n’avait aucun sens de l’humour (les dictatures n’en ont pas beaucoup en général). Leurs films s’attaquaient aux multiples points faibles de la société socialiste : des anomalies et des bavures du gouvernement, jusqu’aux petites magouilles du petit peuple. Le Témoin de Péter Bacsó, interdit de projection pendant dix ans, que nous avons choisi comme film d’ouverture, montre le fonctionnement grotesque du régime vu d’un angle très spécial. Le protagoniste, un surveillant de digues, est placé à différents postes administratifs (directeur du parc d’attractions de la ville, directeur de laboratoire agricole, ou directeur de piscine) dont il ne veut pas et dans lesquels il échoue à chaque fois. En conséquence, sa carrière oscille entre les bureaux ministériels et l’échafaud. Le Raseur rasé, du même réalisateur, nous raconte le calvaire d’un coiffeur qui par mégarde rase le crâne d’un client. Simple situation burlesque, mais là aussi, le héros dépourvu de toute dignité humaine doit affronter le système administratif impassible, susceptible et paresseux. Qu’il s’agisse donc des grandes périodes de l’histoire hongroise ou des petits problèmes quotidiens, l’humble citoyen ne peut pas éviter une odyssée d’humiliations et de souffrances. Les films présentent cela soit sous l’angle de la plus grande légèreté, soit sous l’angle du sarcasme le plus acerbe.

Une satire à plusieurs facettes

La sélection souhaite également présenter les différentes facettes du cinéma hongrois. La satire dépasse souvent les cadres du récit cinématographique classique. Elle peut revêtir la forme du pseudo-documentaire (Le Voyage en Angleterre), de l’adaptation d’œuvre littéraire (La Famille Tot), de la comédie musicale (Poupée), ou du burlesque (Cette belle époque de foot, Mère malgré lui). Depuis 1990, elle cherche de nouvelles formes d’expression, comme Jancsó le fait dans La Lanterne du seigneur à Budapest, film basé sur l’improvisation des acteurs, ou comme le font les réalisateurs de la plus jeune génération : György Pálfi qui, dans Hic, donne à son film une dimension picturale plus accentuée, ou Ferenc Török qui, dans La Grande collision, mélange l’univers du théâtre avec celui des romans-photos. Ce cycle de films satiriques retrace quarante ans de l’évolution du cinéma hongrois. Quarante ans dont la première moitié représente les deux dernières décennies de la dictature, et la seconde les temps d’une nouvelle démocratie essayant de retrouver ses racines, d’oublier les pires moments de son passé tragique et de chercher de nouveaux repères dans un monde qui commence à les perdre. Sous l’égide de la présidence hongroise de l’Union européenne, nous espérons que ce petit bouquet de films hongrois nous mettra en garde, avec le sourire, contre la tentation du retour aux dictatures du passé, nous encouragera à surmonter avec optimisme les anomalies du présent et nous permettra de croire en la prospérité de l’avenir.

Zoltán Jeney

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Du 30 mars au 11 avril 2011

Partenaires et remerciements

Institut Hongrois de Paris (Csaba Varga, Zoltán Jeney), Institut Balassi, Hungarofest, Ministère de l’administration publique et de la Justice, Magyar Filmunió, Magyar Nemzeti Filmarchívum, Clavis Films, Sunday Films (Raymond Parizer).

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