Petit lexique du cinéma populaire japonais pour entrer dans l'œuvre de Tai Katō

Delphine Simon-Marsaud - 10 septembre 2026

Genres cinématographiques, figures populaires, références historiques et culturelles... Petit lexique pour se repérer dans les codes du cinéma nippon, avant de plonger dans l'œuvre foisonnante de Tai Katō, cinéaste méconnu qui, en trente ans de carrière, aura traversé et réinventé nombre de ces genres.

Tokijirō, le loup solitaire (1966)

Tokijirō, le loup solitaire (Tai Katō, 1966)


Bakuto

Ancêtre du yakuza moderne, le bakuto désigne un joueur ou une joueuse professionnelle itinérante qui opérait au sein de cercles de jeux (dés, cartes) clandestins dans le Japon du XVIIe au XXe siècle. Tatouage intégral, sens de l'honneur, rituels : ses codes culturels ont façonné l'imaginaire visuel de la mafia japonaise. Au cinéma, notamment à travers le genre du ninkyō eiga*, le personnage prend souvent la figure de l'anti-héros romantique qui défend les opprimés.

Films phares : Fleur pâle (Masahiro Shinoda, 1964) ; Big Time Gambling Boss (Kōsaku Yamashita, 1968) ; La saga Lady Yakuza (Toei, 1968 – 1972) ; La Joueuse de l'ère Shōwa (Tai Katō, 1972) ; Comme une flamme (Tai Katō, 1981)


Chanbara

Film d'action qui met en scène des combats au sabre, principalement situé à l'époque féodale, et dont le héros est le plus souvent un rōnin ou un vengeur solitaire. Genre qui doit son nom au bruit des lames qui s'entrechoquent, le chanbara influence considérablement le cinéma occidental, notamment les westerns spaghettis ou plus tard les films de Quentin Tarantino.

Films phares : Les Sept Samouraïs (Akira Kurosawa, 1954) ; Les sagas La Légende de Zatōichi et Baby Cart de Kenji Misumi ; Kennan Jonan (Tai Katō, 1951) ; Miyamoto Musashi (Tai Katō, 1973)


Ero-guro (ou ero guro nansensu)

Mouvement artistique et littéraire des années 1920-1930, né sous la plume de Tarō Hirai, plus connu sous le pseudo Edogawa Ranpo (transcription phonétique japonaise d'Edgar Allan Poe). Contraction des mots erotic, grotesque et nonsense, l'ero guro nansensu mêle sexualité déviante, gore et bizarrerie, dans le but de briser les tabous d'une société bien-pensante. Son esthétique a durablement influencé le cinéma japonais, le manga et l'anime.

Films phares : La Bête aveugle (Yasuzō Masumura, 1969) ; Horrors of Malformed Men (Teruo Ishii, 1969) ; Belladonna des tristesses (Eiichi Yamamoto, 1973) ; La Bête dans l'ombre (Tai Katō, 1977)


Jidai-geki

Lady Yakuza, le retour d'Oryu – Tai Katō, 1970

Littéralement « drame d'époque », c'est le grand genre historique du cinéma au Japon. Avec des récits qui se déroulent avant la fin du système féodal en 1868, il permet d'explorer l'histoire, les mythes et les valeurs morales du pays. Le genre englobe le chanbara* (film de sabre) et le matatabi-mono* (film de vagabonds), et est immédiatement identifiable par l'esthétique traditionnelle de ses coiffures (chignons chonmage), ses costumes (kimonos, hakamas) et ses décors (maisons de bois, portes coulissantes en papier shōji et châteaux fortifiés). À l'origine d'un des plus grands mots de la pop culture mondiale, le terme jidai-geki a donné son nom aux Chevaliers de Star Wars : les Jedi.

Les maîtres du jidai-geki : Akira Kurosawa, Kenji Mizoguchi, Masaki Kobayashi, Kenji Misumi, Tai Katō, Hideo Gosha.


Jiraiya

Héros d'un récit populaire (Conte du galant Jiraiya), publié au XIXe siècle sous forme d'une série de romans illustrés, Jiraiya est un jeune seigneur déchu devenu justicier, qui après avoir appris la magie des crapauds auprès d'un ermite, s'unit à Tsunade (maîtresse des limaces) pour combattre leur ancien allié Orochimaru, corrompu par la sorcellerie des serpents. Ces trois animaux se neutralisent mutuellement, à la manière d'un jeu de « chifoumi » : Le crapaud bat la limace, qui bat le serpent, qui bat le crapaud. Un triangle de rivalité à l'origine du premier film d'effets spéciaux du cinéma japonais, Gōketsu Jiraiya de Shōzō Makino, court métrage de 20 minutes qui pose les bases du jidai-geki* et du tokusatsu*. La confrontation entre l'énorme crapaud et le serpent géant préfigure déjà les combats de Kaijū (monstres destructeurs comme Godzilla) qui feront la renommée du Japon. Quant au manga Naruto, il en reprend fidèlement les mécanismes à partir de 1999, pour une réécriture moderne de la légende de Jiraiya.

Films phares : Jiraiya le ninja (Shōzō Makino, 1921) ; Jiraiya le ninja (Tai Katō, 1955) ; Le Serpent contre-attaque (Tai Katō, 1955) ; Les Monstres de l'Apocalypse (Tetsuya Yamauchi, 1966)


Kaidan

Genre ancré dans le folklore nippon, qui met en scène des histoires surnaturelles, où fantômes et autres esprits vengeurs viennent hanter les vivants pour manifester leur colère et réclamer justice. Le spectre est le plus souvent une femme, trahie ou maltraitée, victime d'un mari cruel. Vêtue d'un kimono funéraire blanc, les longs cheveux noirs dénoués, parfois défigurée, elle revient flotter pour tourmenter son bourreau et ne trouver le repos qu'une fois sa vengeance accomplie. Sa rancœur fusionne parfois avec un chat dans le sous-genre du chat-fantôme (kaibyō eiga). Le kaidan est l'ancêtre direct du cinéma d'horreur japonais moderne, la J-Horror, qui en reprend les mêmes codes graphiques et thématiques.

Films phares : Histoire de fantômes japonais (Nobuo Nakagawa, 1959) ; Le Spectre de Dame Iwa (Tai Katō, 1961) ; Kwaidan (Masaki Kobayashi, 1964) ; Kuroneko (Kaneto Shindō, 1968)


Matatabi-mono

Sous-genre du film de samouraïs, un road movie féodal qui met en scène l'archétype du voyageur solitaire, le plus souvent un paria, un joueur professionnel (bakuto*) ou un rōnin à la fin de l'époque d'Edo. Obéissant à un code moral strict, le vagabond matatabi est immédiatement reconnaissable à sa panoplie : un grand chapeau de paille tressée plat (sandogasa), une cape pour se protéger de la pluie et de la poussière, qui dissimule un sabre. Le genre a permis de faire le pont entre le film en costume (jidai-geki*) et le film de gangsters modernes (yakuza-eiga), transposant les thèmes de la marginalité et de la violence d'une époque à l'autre.

Films phares : Sur la route d'Asagiri (Tai Katō, 1961) ; Liens de sang (Tai Katō, 1962) ; Sur la route à jamais (Kenji Misumi, 1964) ; Tokijirō, le loup solitaire (Tai Katō, 1966) ; The Wanderers (Kon Ichikawa, 1973)


Nezumi Kozō

De son vrai nom Nakamura Jirōkichi (1797-1831), c'est l'une des figures de bandits les plus célèbres de l'histoire du Japon. Qualifié de « Robin des Bois japonais », il cambriolait les résidences des samouraïs et des gouverneurs provinciaux dans la ville d'Edo (l'ancien Tokyo). Ses exploits sont célébrés dans le théâtre kabuki ou dans les films de jidai-geki*, également cités dans les jeux vidéos comme Persona 5.

Films phares : Le Chevalier voleur (Daisuke Itō, 1931) ; Jeunes chevaliers d'Edō (Tai Katō, 1960) ; Jirōkichi le rat (Kenji Misumi, 1965)


Ninkyo eiga

Gyakushu Orochimaru

Film de yakuza traditionnel, codifié et popularisé par les studios de la Toei, le genre connaît un immense succès au Japon dans les années 60. Littéralement « film de chevalerie », le ninkyo eiga met à l'honneur la figure du gangster honorable ou du bakuto*, déchiré entre son sens de la justice et sa loyauté envers son clan lorsque ce dernier exige de lui un acte immoral. Équivalent nippon du western occidental, où le sabre remplace le pistolet.

Films phares : Le Sang de la vengeance (Tai Katō, 1965) ; La Vie d'un tatoué (Seijun Suzuki, 1965) ; Kyōdai jingi (Kōsaku Yamashita, 1967) ; Lady Yakuza : Le Jeu des fleurs (Tai Katō, 1969)


Shinsengumi

Force paramilitaire créée en 1863, constituée de samouraïs d'élite – des roturiers, des fils de paysans ou des maîtres de dojos de la périphérie – qui avaient pour mission de maintenir l'ordre à Kyoto, alors en pleine ébullition politique.

Films phares : Contes cruels au pays du soleil couchant (Tai Katō, 1964) ; Comme une flamme (Tai Katō, 1981) ; Tabou (Nagisa Oshima, 1999) ; When the Last Sword Is Drawn (Yōjirō Takita, 2002)


Tokusatsu

Le Serpent Contre Attaque Tai Kato

Films à effets visuels artisanaux, caractérisés par des super-héros costumés, des monstres géants et des maquettes de villes détruites. On doit ce genre à Eiji Tsuburaya, directeur d'effets spéciaux qui révolutionne le cinéma japonais en créant les techniques de miniaturisation et de costumes en latex pour le film Godzilla (1954). C'est dans cette esthétique naissante que Tai Katō réalise Jiraiya le ninja avec ses métamorphoses animales, à mi-chemin entre le film de monstres muet de Shōzō Makino (Jiraiya le ninja, 1921) et les séries de super-héros des décennies suivantes.

Films phares : Godzilla (Ishirō Honda, 1954) ; Jiraiya le ninja (Tai Katō, 1955) ; Le Serpent contre-attaque (Tai Katō, 1955) ; Mothra (Ishirō Honda, 1961) ; La série Ultraman (Eiji Tsuburaya, 1966)


Yūkaku

Quartiers réservés à la prostitution à l'époque d'Edo, entourés de hautes palissades en périphérie des villes, et soumis à un système strict de licence et de réglementations. Le cinéma japonais a largement puisé dans cet univers de geishas et de courtisanes, pour dépeindre le destin tragique de femmes broyées par ce système.

Films phares : La Rue de la honte (Kenji Mizoguchi, 1956) ; Le Paradis de Suzaki (Yūzō Kawashima, 1956) ; Jusqu'à l'os (Tai Katō, 1966) ; Sakuran (Mika Ninagawa, 2006)


Le Sang de la vengeance (1965)


Delphine Simon-Marsaud est chargée de production web à la Cinémathèque française.