Bruxelles vue par...
À la naissance du cinéma, en 1895, Bruxelles était la capitale de la deuxième grande puissance industrielle moderne au monde après la Grande-Bretagne. La Belgique et Bruxelles de la fin du XIXe siècle étaient fortement influencées par le roi Léopold II, qui s'inspira du préfet parisien Haussmann et de son aménagement de grands boulevards uniformes pour concevoir et façonner la métropole bruxelloise. En 1897, Alexandre Promio, caméraman des frères Lumière, réalisa cinq prises de vues de 50 secondes chacune dans des lieux emblématiques du cœur vibrant de Bruxelles (La Bourse, La Grand-Place, Place de Brouckère, Boulevard Anspach et Sainte-Gudule). C'est le début officiel de la représentation cinématographique de la ville, capitale et plus tard région de Bruxelles-Capitale.
Aujourd'hui, Bruxelles est la capitale de la Flandre, de la Belgique et de l'Union européenne. Tout comme Paris et New York, elle est une ville résolument filmique. Au fil des années et des décennies, des cinéastes belges, aussi bien qu'étrangers, ont trouvé à Bruxelles inspiration et décors chargés d'atmosphère. De Saïda a enlevé Manneken-Pis d'Alfred Machin (1913) jusqu'à, successivement, Un Soir de joie de Gaston Schoukens (1954), Le Départ de Jerzy Skolimowski (1967), Le Far West de Jacques Brel (1973), Le fils d'Amr est mort de Jean-Jacques Andrien (1975), Rue Haute d'André Ernotte (1976), Bruxelles-transit de Samy Szlingerbaum (1980), évidemment les œuvres de Chantal Akerman – Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles (1975) et Toute une nuit (1982). Ou des films plus récents comme Manneken Pis : L'Enfant qui pleut d'Anne-Lévy Morelle (2008), Les Barons de Nabil Ben Yadir (2009), Le Tout Nouveau Testament de Jaco Van Dormael (2015), Ghost Tropic et Here de Bas Devos (2019 et 2024), BXL d'Ish & Mounir Ait Hamou (2024) et La nuit se traîne de Michiel Blanchart (2024). Une liste longue et non exhaustive.
Nous avons choisi, dans ce programme « Bruxelles vue par... », de mettre surtout en lumière des films belges « bruxellois » moins connus en France, mais dotés d'importantes qualités esthétiques et historiques, reconnues également à l'international – notamment à Cannes, Chicago, Mannheim et San Sebastián. Les trois longs métrages (Le Chantier des gosses, Brussels by Night, et Manneken Pis) ainsi que les trois courts (Sonate à Bruxelles, Dimanche et Zigzags) offrent un regard poétique et/ou politique (de jour comme de nuit) sur la ville de Bruxelles, qui s'est développée des années 50 aux années 90 du XXe siècle. On y découvrira les facettes, belles mais aussi moins flatteuses, ambiguës et ambivalentes, d'une grande ville à la fois aimée et restée incomprise.
« Bruxelles mon amour », ou une « Bruxelles qui tue et fait du bien ».
Wouter Hessels